Socrate et Sonko : « Corruption de la Jeunesse », une Antique Accusation

Depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, l’accusation de corruption de la jeunesse a été utilisée comme un puissant outil politique pour discréditer les dissidents et maintenir le statu quo. L’affaire emblématique de Socrate à Athènes au Ve siècle av. J.-C. résonne étonnamment avec le cas d’Ousmane Sonko au Sénégal. Ces deux cas mettent en lumière les similitudes frappantes du motif de corruption de la jeunesse et soulèvent des questions sur le pouvoir politique, la liberté d’expression et la responsabilité des dirigeants.

À Athènes, Socrate a été accusé de corrompre la jeunesse en remettant en question les valeurs traditionnelles et en encourageant ses étudiants à penser de manière indépendante. La méthode d’enseignement unique de Socrate, basée sur la maïeutique, suscitait la controverse. Certains Athéniens appréciaient sa méthode, tandis que d’autres la considéraient comme une menace pour l’ordre social établi. Lorsque certains de ses anciens élèves sont devenus des hommes politiques influents mais controversés, les inquiétudes ont augmenté quant à l’influence de Socrate sur la jeunesse. Finalement, Socrate a été accusé formellement et condamné à mort. Il est important de noter que les accusations portées contre lui étaient en grande partie politiques et ne reposaient pas sur des preuves concrètes de corruption ou de mauvaise conduite morale de sa part.

Dans le cas de Sonko, les accusations de viols ont été réduites à une accusation de corruption de la jeunesse, un délit moins sévère selon la loi sénégalaise. Sonko a dénoncé un complot ourdi par Macky Sall et a affirmé son innocence tout au long du procès. Sa condamnation à deux ans de prison ferme pour corruption de la jeunesse pourrait potentiellement affecter ses droits électoraux et sa faculté à se présenter à la présidentielle de 2024. Cette requalification des faits en délit maintient la menace de l’inéligibilité, créant ainsi un parallèle avec les conséquences politiques potentielles auxquelles Socrate a été confronté.

Les accusations de corruption de la jeunesse contre Sonko sont à l’évidence une manœuvre politique visant à discréditer et à éliminer un adversaire potentiel du pouvoir en place. Dans de nombreux pays africains, le syndrome du troisième mandat est devenu une réalité, où les dirigeants au pouvoir cherchent à prolonger leur règne en manipulant le système judiciaire et en réprimant les voix dissidentes. Dans le cas de Sonko, la requalification des accusations initiales de viols en un délit moins grave soulève des questions quant à l’impartialité et à la légitimité du système judiciaire.

Sonko est un candidat potentiel à l’élection présidentielle de 2024, ce qui fait de son procès et de sa condamnation un enjeu politique majeur. La condamnation et la possibilité d’inéligibilité mettent en évidence les tentatives de restreindre la participation politique et de réduire les oppositions au pouvoir en place. Cela soulève des préoccupations quant à l’état de la démocratie et de l’État de droit au Sénégal.

Lorsqu’un leader politique émerge comme une figure populaire et représente une véritable alternative aux dirigeants en place, il n’est pas rare de voir des tentatives de le discréditer ou de l’écarter de la scène politique. Les accusations de corruption de la jeunesse peuvent être utilisées comme un moyen de nuire à la réputation et à la crédibilité d’un politicien, ce qui peut entraîner sa disqualification pour les élections ou sa condamnation dans le but de l’empêcher de se présenter.

Dans le cas de Sonko, sa popularité et sa position critique envers le gouvernement en place ont fait de lui une cible. Les accusations portées contre lui et la manière dont elles ont été traitées par le système judiciaire ont suscité des doutes quant à l’impartialité et à l’indépendance de ce dernier. Certaines personnes ont remis en question l’équité du procès et ont dénoncé une instrumentalisation de la justice à des fins politiques.

La restriction de la participation politique et la tentative de réduire les oppositions sont des tactiques couramment utilisées par les régimes autoritaires ou ceux qui cherchent à consolider leur pouvoir. Ces manœuvres peuvent prendre différentes formes, telles que des lois restrictives, des procès politiques, des emprisonnements injustes ou des manipulations des résultats électoraux. Elles visent souvent à maintenir un contrôle ferme sur le pouvoir et à éliminer les voix dissidentes qui pourraient représenter une menace.

Il est important que la société civile, les organisations internationales et la communauté internationale en général restent vigilantes et s’expriment contre ces pratiques afin de préserver la démocratie, la justice et les droits de l’homme. La transparence, l’indépendance du système judiciaire et le respect des droits fondamentaux sont essentiels pour garantir des élections libres et équitables ainsi qu’une participation politique inclusive.


Adenifuja Bolaji