France : l’Immigré, le Beurre et l’Argent du Beurre Africains

Le Rêve Xénophobe de l’Extrême-droite Française et ses conséquences Insoupçonnées

Tributaire d’un non-dit ou d’un non-avoué, prospère dans la classe politique française un malentendu dans le rapport aux étrangers, ou plus précisément aux immigrés – sous entendu, les Africains – Noirs et ou Arabo-musulmans.

Les partis qui font leurs les valeurs républicaines – qu’ils soient de gauche ou de droite – soutiennent une politique d’accueil des étrangers globalement respectueuse des droits sociaux fondamentaux de l’homme. Du droit du sol au droit aux allocations et à la sécurité sociale, en passant par le droit au logement.  Bref, dans cette approche ouverte, l’immigré est accueilli et considéré avec tous les égards dus à son rang humain. Parfois même, le fonctionnement de cet ensemble de provisions légales et juridiques qui concerne l’immigré apparaît comme le favorisant au détriment du Français de souche, même si nombre de gens perçus comme « immigrés » ne le sont ou ne le demeurent pas.

Ce sentiment du déséquilibre de traitement social en faveur de l’immigré – attribution de logement sociaux, sécurité sociale, allocations familiales, etc…–  peut provenir des préjugés sur les usages frauduleux ou abusifs qui peuvent en être faits ou, le plus souvent, du regard biaisé qu’y jette une partie de la société française qui ne comprend pas ou n’accepte pas qu’il y ait des immigrés en France en même temps que le chômage – comme si mécaniquement l’emploi que n’a pas le Français au chômage correspond à celui qu’occupe l’immigré. D’autres enfin s’offusquent du fait que des étrangers puissent avoir les mêmes droits que les nationaux. Pour eux, c’est cette égalité dans les droits sociaux, au lieu d’une condition de citoyens de seconde zone, qui est perçue comme un privilège en faveur des étrangers.

Cette problématique est, on le sait, prise en charge par l’extrême droite qui en fait le socle de son discours populiste ; celui-ci, fondé sur des préjugés, tend à stigmatiser les étrangers en France. Et, dans cette polémique, toute précision a valeur de clarification. En effet, ce n’est pas contre tous les étrangers que la pensée de l’extrême droite en a, loin s’en faut. Les cibles principales de la croisade anti-immigrés de l’extrême droite française sont principalement les musulmans d’Afrique du Nord et les Noirs Africains, — qu’ils soient musulmans ou non, même si parmi les Noirs, les chrétiens bénéficient d’une certaine indulgence.

Ces généralisations, évidemment, ne vont pas sans une certaine confusion qui est le propre de la perception préjudicielle de l’autre qui nourrit le racisme ; car, souvent, on est vite passé d’Africains à Noirs, sans se rendre compte que les descendants d’Africains des DOM-TOM, bien qu’ils soient Noirs ne sauraient être considérés comme des étrangers en France. Mais ces détails s’estompent lorsqu’on considère le caractère délirant de la perception dichotomique qui est au principe du rejet des étrangers. Cette perception est d’abord tributaire de la dualité Nous/eux, puis Chrétiens/musulmans, Européens/Africains, Européens/Arabes, Blancs/Noirs, etc. Cette structure dichotomique qui ne donne pas dans la dentelle, va de pair avec des préjugés, des lieux communs, des discours ou des demi-vérités historiques, des symboles, des fixations mémorielles plus ou moins douloureuses. L’une de ces fixations concerne les rapports entre la France et l’Algérie, qui amènent le nationaliste français moyen ou naïf, à se demander pourquoi tant d’Algériens sont en France alors que leurs parents sinon eux-mêmes ont lutté pour obtenir leur indépendance. Et la question qui les taraude est : pourquoi les Algériens qui, hier, ont combattu la France pour avoir leur indépendance se retrouvent, aujourd’hui, en France dans une proportion qui leur paraît indécente voire absurde ? Les mêmes questions naïves se posent au sujet des Africains Noirs : « pourquoi tant de Sénégalais, de Maliens, de Camerounais, etc. censés avoir obtenu leur indépendance de haute lutte viennent nous envahir, manger notre pain, si ce n’est plus… ? »

C’est d’ailleurs sur ce type de questionnement naïf que se cristallise la problématique de la xénophobie à connotation raciste, dans la mesure où ceux qui sont visés ne sont soit pas de la même race que le Français moyen, soit pas de la même religion – pour autant qu’il en eût une – ou soit pas des deux à la fois. Dans ce débat, les partis de gouvernement – de droite  comme de gauche – sont accusés par les partis d’extrême-droite de laxisme, de xénophilie, de cosmopolitisme, sinon de mondialisme. Par un raccourci caricatural, les ténors de l’extrême-droite et ses porte-paroles les plus vocaux ignorent ou fustigent la continuité du rapport de servitude que le néolibéralisme conforte et cultive à travers les formes diverses de l’immigration – légales ou illégales et/ou clandestines – mais aussi des délocalisations qui n’en sont que les formes déplacées ou inversées. Les inconvénients de la stratégie libérale en matière de main d’œuvre éclipsent ses avantages et cette éclipse conduit à un discours à l’emporte-pièce de rejet de l’immigration sur fond  d’un patriotisme économique idéalisé.

Sans qu’on sache vraiment jusqu’à quel point ils y croient, les tenants des partis de l’extrême droite  sont acquis  à des modes de raisonnement et d’inférence d’un simplisme grossier qui fait à la fois leur force et leur faiblesse. Leur force dans la mesure où ce  simplisme graveleux fait écho aux discours et attentes de leurs électeurs ; mais faiblesse dans la mesure où ce mode  de raisonnement lapidaire laisse sceptiques voire effraient un grand nombre de Français.

Quoi qu’il en soit, entre ceux qui agissent dans le respect des droits humains et sociaux des étrangers – en l’Occurrence des Africains – et ceux qui hurlent à tue-tête qu’il suffit de les expulser  pour que la France retrouve le plein emploi, il y a un malentendu. Ce que ne savent pas les tenants du patriotisme économique et du nationalisme social qui dégainent leurs armes dès qu’ils entendent les mots Immigrés, Africains, Arabes ou musulmans, c’est que, dans le cas particulier des Noirs Africains, les partis de gouvernement – tous autant qu’ils sont, même avec des différences non négligeables – n’agissent pas par philanthropie ni par un humanisme éthéré mais par réalisme politique et par calcul économique.

En dehors de l’avantage comparé de l’immigration ou des délocalisations sauvages dont il n’est pas nécessaire de faire la démonstration ici, et que les patrons d’entreprises – grandes ou moins grandes – savent mieux que quiconque, la «gentillesse» des partis de gouvernement à l’égard des immigrés Africains, la tolérance à résonance humaniste dont ils font preuve n’est ni fortuite ni gratuite mais calculée et stratégique. A travers ce respect des droits sociaux des étrangers en France que soutiennent globalement  les partis de gouvernement, dans ce qu’ils ont d’essentiel et d’humain, la visée finale est de capter les meilleurs d’entre eux afin de soustraire à l’Afrique ceux qui ont les moyens et l’énergie de faire basculer le rapport de force de libération. En captant le cœur de ceux dont l’énergie  pourrait faire progresser l’Afrique ou déclencher la révolution de libération africaine tant redoutée par la France, on contribue à renvoyer ce cauchemar aux calendes grecques. C’est à ce choix stratégique d’un machiavélisme consommé que les partis de gouvernement donnent les apparences d’une ouverture humaniste et sociale envers les immigrés d’Afrique noire. On fait ensuite croire aux  Africains que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pendant ce temps, continue comme jamais le pillage de l’Afrique, son viol non-stop depuis des siècles. La France continue à travers l’arnaque du franc CFA de siphonner les devises des états africains. S’abritant derrière  ses interventions militaires opportunistes savamment orchestrées – où souvent elle est à la fois le pompier et le pyromane – la France continue de voler les matières premières de l’Afrique, notamment dans le Sahel.

Pense-t-on vraiment que la France serait en train de se livrer à ce viol sur l’Afrique sans faire diversion, sans bâillonner par l’attraction migratoire le cœur de ceux qui pourraient alerter, éveiller les consciences  sur ses agissements criminels et contribuer par une révolution à y mettre fin ? En cela, il va de soi que l’immigration est instrumentalisée par les partis de gouvernement comme une soupape et un fusible de la colonisation française en Afrique noire.

Ce que ne sait pas ou feint de ne pas savoir l’extrême droite française dans son ensemble, enfermée qu’elle est dans des paradigmes surannés et obnubilée par une perception délirante des immigrées. En effet, après avoir posé les étrangers comme la source de tous les maux de la société française, les partis d’extrême-droite – toutes obédiences confondues –  qui rêvent d’une France sans immigrés, c’est-à-dire in fine sans Africains,  pensent qu’ils pourraient les renvoyer chez eux tout en continuant de profiter de leurs richesses humaines et matérielles comme naguère. Mais comment renvoyer l’orchestre et espérer encore entendre sa musique ? Telle est la quadrature imprévue du cercle politique que doit résoudre les partis d’extrême-droite qui militent pour l’oppression sociale des immigrés, sinon la fin de l’immigration et le retour des  immigrés chez eux. Les Africains en tant qu’immigrés, ne pourront peut-être pas s’imposer à la France si jamais celle-ci venait à décider de les renvoyer chez eux. Mais qu’ils soient expulsés ou pas, les immigrés Africains sont sur le chemin de leur libération complète du joug du colonialisme aussi bien dans son infrastructure que sa superstructure. Et les lubies haineuses de l’extrême-droite xénophobe, venaient-elles à se concrétiser, ne contribueront le cas échéant qu’à accélérer le mouvement.

Alan Basilegpo

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