Le Don et le Prêt Traditionnels : Selon la Jurisprudence APLOGAN

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Une histoire de règlement de compte sur fond de jalousie. De quoi s’agit-il ? Un jour, un planteur demande à son voisin un col de canari cassé (kɔla) pour servir de tuteur à un plant de cola qu’il voulait faire pousser. Demande somme toute banale qui fut satisfaite dans l’esprit du bon voisinage. 

Très vite, le petit plant mis en terre devint un arbuste. Et, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, l’arbuste devint un arbre imposant. Ce que voyant, le propriétaire du kɔla,  jaloux du succès du planteur, demanda qu’il lui restituât son col de canari. Ce qui voulait dire couper l’arbre. Après moult contestations, supplications  et disputes, le propriétaire du kɔla  dans sa jalousie furieuse se fit justice lui-même et coupa l’arbre de son voisin pour reprendre possession de son  dû.

Quelque temps après, la fille du voisin, devenue hounsi faisait son entrée de novice  au couvent.  Le voisin vint demander au planteur de lui prêter un collier pour parer le cou de sa fille, le temps de son noviciat. Le planteur trouvant là l’occasion de prendre sa revanche, prêta le collier à son voisin, sachant qu’une fois mis au cou de la hounsi, il ne se défait pas avant la fin de sa sortie du couvent. Le propriétaire du kɔla tout à sa joie, oubliant sa cruauté passée, prit le collier et s’en fut le mettre au cou de sa fille qui put entrer au couvent du vodou.

Quelques jours seulement après cet échange qui paraissait de bon voisinage,  impatient de lui rendre la monnaie de sa pièce, le planteur vint demander à son voisin le collier prêté. Or, la chose était impossible suivant les principes du vodou. Alors une dispute s’ensuivit qui conduisit les deux protagonistes chez le Roi Gbégnon. Mais le Roi Gbégnon fit savoir sans détour que selon les principes de la royauté héritée d’Allada, il n’était pas compétent pour trancher un litige religieux  parce que c’était l’affaire du chef des cultes, Aplogan.

L’Aplogan fut donc appelé et présida au tribunal. Après que chacun des partis eut exposé sa version des faits, l’Aplogan, jugea que puisqu’il a fallu couper l’arbre pour restituer le collier en argile servant de tuteur, eh bien, il n’y avait pas autre chose à faire que de décapiter la jeune hunsi ; vu que selon la loi sacrée, on ne doit jamais enlever un collier du cou d’une novice hunsi de son vivant !

Le jugement d’Aplogan fut sans appel. La jeune hunsi fut décapitée et le planteur récupéra son collier… Qui est sorti grandi de cette histoire ? Difficile à dire, on est dans la logique du règlement de compte sur fond de jalousie. Et le jugement d’Aplogan, malgré sa cruelle logique, qui pourrait faire penser au jugement de Salomon, n’a pas la sagesse de celui-ci. Parce que la proposition du jugement de Salomon n’était pas confondue avec sa fin mais n’était qu’un moyen astucieux pour atteindre celle-ci. Tandis que dans le cas du jugement d’Aplogan sa proposition – décapiter la jeune hunsi – se confond avec le jugement lui-même. Et cette confusion lui aliène toute sagesse.

selon un conte chanté par Yédénou Ajahoui et repris ici par son fils Tcheffon

autre conte de Ajahoui

Binason Avèkes

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