
Depuis le début du renouveau démocratique, vu la manière dont les élections se font au Bénin, marquées par une intervention plus ou moins forte de pratiques douteuses qui violent l’esprit démocratique comme : achat de conscience, achat de vote, conditionnement tarifé des Présidents des institutions clés, fraude, trucage, domination de l’esprit tribal, violence, etc…, la qualité démocratique des régimes successifs laissait à désirer. En dehors du régime de Soglo, les régimes qui se sont succédé depuis Kérékou ont été caractérisés par une logique croissante de dessaisissement du peuple de son droit effectif d’élire ses représentants. Une logique de démocratie sans le peuple s’est installée qui est allée croissante dans son fonctionnement crapuleux. Ce fonctionnement crapuleux met en avant les formes et le théâtre démocratique et ceux-ci sont d’autant plus ostentatoires que le peuple est effectivement hors jeu. Sous Kérékou I et II c’était le cas, et encore plus sous Yayi Boni où il a atteint son apogée avec le K.-o. électoral de 2011.
Avec la décision brutale de Talon d’exclure tous les partis traditionnels de l’échiquier politique des prochaines élections législatives, on assiste à la fois à une exaspération de la logique de dessaisissement du peuple en même tant qu’une clarification du parti-pris anti-peuple qui a toujours caractérisé le Renouveau Démocratique.
Avec le coup de force de Talon qui s’annonce, dans la mesure où les députés qui seront élus le cas échéant ne représenteront qu’eux-mêmes, on ne peut plus parler de Démocratie représentative. Comment saurait-il en être autrement lorsque la question qui est en jeu au travers de cette crise est justement celle de la participation non même pas du peuple mais des partis qui ont vocation à parler en son nom ?
Dès lors, s’il est toujours vivant, le Renouveau Démocratique pourrait bien dire : « Talon m’a Dénuder »…
Aminou Balogun
