Je vous Présente « Ganvié » d’Eustache Prudencio

blog1

GANVIÉ

Poème d’Eustache Prudencio (1).

La vaste plaine liquide se développe irrésistiblement,
De belles plantes aquatiques se balancent orgueilleusement
Et crissent aux flancs des pirogues qui glissent
Elégantes dans les allées aléatoires.

L’horizon et le lac se confondent.

Là-bas, hérissés de cases délicates.

Avance, pirogue légère,

Mais n’écrase pas ces nénuphars espiègles
Qui te sourient malicieusement en tanguant,
N’écorche pas ta compagne gracieuse
Qui emporte vers la berge la fille des eaux,

Accueille le poisson argenté
Qui s’élance rutilant dans tes bras,

Agrippe-toi aux flots car bientôt c’est la So,

Carrefour tumultueux de la rivière et du lac.

Avance, pirogue légère,

Siffle à travers ces poumons des vagues,

Ne brise pas les pattes des guêpes
Plantées ça et là dans la vase.

Avance, pirogue légère,

Vers le marché flottant qui danse
Dans les plis de l’eau brillante,

Admire ces denrées que caressent les rayons du soir.

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Avance, pirogue légère,

Relève ton menton ruisselant et contemple là-bas
Cette symphonie de couleurs et de mouvements :

Des bœufs minuscules que taquinent des oiseaux blancs
Aux pattes longues et roses
Dans du gazon vert et tendre.

Avance encore, pirogue légère,

Va, vire vers So A va ;

Fais la moue à So Tchanhoué
Et reviens derechef à Ganvié :

Qu’elles sont ravissantes ces filles
A la proue belle et riche.

Ces sirènes de rêve qui trempent leur pagaie
Dans l’eau murmurante et gaie !

Qu’elles sont courageuses ces grand-mères
Aux cheveux de neige qui poussent
Leur embarcation le long des pilotis !

Qu’ils sont lestes ces pêcheurs !

Nous resterions des heures à rêver ici.

Accepte que nous rentrions, pirogue légère,

Ne me boude pas, puisque nous reviendrons à Ganvié
Nous replonger dans la vie tranquille
Des hommes les plus heureux du monde.

Nous fuirons les poussières de la ville
Pour nous refaire dans les eaux de Ganvié.

Nous n’irons pas ailleurs retrouver la fraîcheur.

L’Adriatique et sa Venise et ses gondoles,
L’Atlantique a son Ganvié si envié.

Il n’y a ici ni palais ducal, ni place Saint-Marc.
Les palais de Ganvié sont des cases qui respirent,
La place Saint-Marc, c’est le gazon qui brille.

Les pigeons de Venise sont ici
Des pique-bœufs éclatants, élastiques.

La cathédrale de Venise est en or massif.

A Ganvié les fétiches voguent au-dessus des vagues
Et mêlent leurs prières aux rayons de soleil.

Les bels cantos de Venise sont ici
Trémolos d’amoureux dans les flots.

Je te chanterai partout Ganvié,

Je conduirai vers toi mes amis, Ganvié.

Les caméras du monde ronronneront
Sur tes rives, dans tes pirogues, autour de tes nénuphars,
Les touristes de tous continents se coifferont
De tes immenses chapeaux de paille
Qui portent le soleil des tropiques.

Je te chanterai partout Ganvié.

O Venise de mon pays, tu seras bientôt
Le centre du monde et les hommes de tous les cieux
Brûleront de venir rêver sur tes eaux,

Autour de tes cases magiques et altières
Parmi tes pirogues graciles et légères.

(1) Eustache Prudencio, Violence de la race, poèmes, Cotonou, Editions, 1969

copyright5

 

 

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s