Le métier de président est un métier politique par excellence ; il ne doit être approché que par des politiques. Au Bénin, on a toujours méprisé cette exigence éthique qui va de soi sous d’autres cieux.
Yayi Boni est le dernier exemple de l’impertinence du choix d’un non-politique dans le fauteuil du président de la République.
Pour y arriver, nous nous laissons duper par des syllogismes trompeurs. Nous nous faisons une fausse idée du leadership, et, ramenant l’action du président à la seule amélioration de l’économie, nous en concluons qu’un économiste ou toute personne exerçant un métier connexe peut être Président de la République. Outre la fausseté de cette réduction de ce que veut dire leader, nous nous laissons abuser par la différence entre les connaissances théoriques en économie et le fait de pouvoir concrètement les appliquer sur le terrain, faire marcher une économie dans la vraie vie. Si notre appréciation était vraie, dans les pays développés qui en regorgent, ce sont les prix Nobel d’économie qui seraient présidents. Mais c’est rarement le cas. Mais alors, pourquoi nous estimons-nous plus futés que les Occidentaux que nous imitons jour et nuit par ailleurs ?
La tournure d’esprit qui au Bénin nous conduit à élire notre président au rebours des principes en vigueur sous d’autres cieux démocratiques est inspiré par les syllogismes inducteurs suivants :
1. Il est intelligent et diplômé donc il doit être Président
2. Il est fonctionnaire international, donc il doit être Président
3. Il est économiste venant de l’étranger, donc il doit être Président
4. Il est milliardaire ou riche, donc il doit être Président
Mais aucune des qualités mises en avant dans ces syllogismes ne définit le leadership, qui est l’essence de la fonction du Président. Chinua Achebe disait que l’Afrique est ce qu’elle est parce que ses dirigeants ne sont pas ce qu’ils doivent être. Et en cela, l’illustre écrivain nigérian pensait au leadership qui est au cœur de sa critique de la politique en Afrique.
En l’occurrence au Bénin, on ne peut pas dire, « Il vient du pays des Peuhls, donc il fera un Bon Berger » On ne peut pas dire « Il a assez d’argent pour se payer un troupeau, donc il sera un Bon Berger ». Être notre berger, c’est autre chose que de venir du pays des bergers, ou d’avoir assez d’argent pour se payer un troupeau !
La politique est un métier, au même titre que la médecine ou la cordonnerie. Le président de la République, selon notre constitution – tant il est vrai que toutes les constitutions ne donnent pas le même rôle au Président de la République – est le plus important et le plus prestigieux des métiers politiques. Un tel métier ne peut donc pas être exercé par quelqu’un qui n’est pas du milieu politique. Il ne s’improvise pas, à moins que ce soit au détriment du pays – et l’exemple de Yayi, qui a passé dix ans à gouverner à vue, est là pour nous le montrer si besoin est. Tout le monde peut tenter d’éteindre le feu en y jetant de l’eau, mais il faut avouer que les pompiers sont mieux placés pour éteindre les incendies.
Le système politique du Bénin est à refaire de font en comble, afin que sous le rapport de l’homme qu’il faut à la place du président, nous rentrions dans les rangs. Patrice Talon a fait de cette exigence la pierre angulaire de ses propositions, et il est attendu au carrefour. Le chemin vers la présidence de la république passe par la case de militants, de partis, de conseillers, de représentants, d’élus, etc… Aucun bon président ne tombera du ciel, aussi intelligent soit-il, aussi diplômé ou aussi riche soit-il.
Dans l’état actuel des choses, si on peut dire que les deux candidats du second tour des élections présidentielles qui se tiendra le 20 mars au Bénin sont des étrangers politiques, à l’évidence l’un est plus étranger que l’autre par rapport à l’exigence du leadership, ce rôle de berger de la nation évoqué plus haut. Et c’est cet étranger absolu qu’il convient d’écarter, en attendant de retrouver le chemin de la normalité
Adenifuja Bolaji
