
On accuse volontiers Lionel Zinsou de ne pas avoir fait de politique au Bénin, et de prétendre nonobstant vouloir être Président, zogbé zogbé -(lèsè kèsè). Bien sûr ramenée au standard international, au bon sens et à l’éthique politique, cette volonté a quelque chose d’obscène et de dérangeant. Mais Lionel Zinsou ne manque pas de raison à sa décharge. Sa circonstance atténuante c’est d’avoir compris que pour devenir Président, les Béninois valorisent et préfèrent ceux qui viennent d’ailleurs et n’ont jamais fait de politique au Bénin. Les cas des Adjou Moumouni, Soglo Nicéphore, Émile Derlin Zinsou, et Yayi Boni sont là pour l’édifier. Et il a retenu la leçon, lui qui, contrairement à ce qu’on pense, nourrissait son ambition présidentielle de longue date, bien qu’il l’eût gardée au secret, croyant ajouter à ses qualités et au schéma classique de l’homme providentiel venant de l’étranger, l’effet de la surprise.
C’est pour cela que, à mi-chemin entre l’étranger social absolu et l’étranger politique absolu, Lionel Zinsou a choisi la voix transversale de la présence culturelle incarnée par une fondation agréable qui porte son nom.
Mais pour ce béninois qui ne peut parler aucune langue du pays, quelle est la valeur politique de cette présence culturelle très sociologiquement marquée ? C’est tout l’écueil de sa stratégie de présence qui fait de lui un étranger politique. L’un des handicaps de Zinsou est qu’il surgit à un moment où plus que jamais, les Béninois ont le devoir de tirer des leçons de leur expérience du passé. Entre autres choses, à cette fin de mandat calamiteux de Yayi Boni, il est impératif que les Béninois tirent leçon du mirage de l’homme providentiel.
Prof. Cossi Bio Ossè
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