Bénin : Sociologie du Bourdonnement Présidentiel

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Au Bénin, les élections présidentielles se profilent et déjà le nombre de candidats présumés dépasse l’entendement. Ce nombre avoisine facilement celui des communes du pays. Le moins qu’on puisse dire est que cette extravagance numérique n’est pas sans effet sur la considération associée à la fonction du Président, qui au Bénin paraît de plus en plus dévalorisée. Dans ce contexte, l’approche des élections donne lieu a un bourdonnement de prétendants de tous horizons. Nous appelons bourdons présidentiels des hommes et des femmes dont la posture et le langage gestuel laissent voir qu’ils manifestent un certain intérêt pour la candidature présidentielle. Cet intérêt peut signifier que certains de ces bourdons ont déjà déclaré leur candidature, mais il peut aussi ne pas aboutir à une déclaration effective. Quant à la candidature effective, et surtout lorsqu’elle est agréée par la CENA, elle peut aussi avoir plus d’une signification. Elle peut incarner une volonté forte de présider aux destinées de la nation ; elle peut être une façon de mesurer sa force électorale pour la mettre le moment venu sur le marché des négociations politiques dans le but d’en tirer un bénéfice en termes de postes et de faveurs politiques ou financières.
1. Ceux qui bourdonnent sans déclarer leur candidature, ou ceux dont les candidatures ne seront pas acceptées par la CENA peuvent être appelés de Faux Bourdons. Ce sont des citoyens qui trahissent l’emprise de la fascination présidentielle, qui fait croire à plus d’un que la seule façon d’être utile à son pays c’est en étant président ; ces Faux Bourdons se recrutent aussi parmi de jeunes entrepreneurs politiques qui, comme certains médias ou journalistes, trouvent dans l’élection présidentielle une insigne occasion de se remplir les bajoues et la panse. Là où les journalistes et les médias décuplent le nombre de leurs publireportages, articles complaisants, flagorneurs ou dithyrambiques au gré des commandes qu’ils reçoivent, là où certains d’entre eux s’improvisent journalistes ou naissent pour la circonstance, le Faux Bourdon utilise l’occasion bénie de l’élection présidentielle comme une rampe de lancement de ses rêves politiques. A ce jeu, certains Faux Bourdons sont plus chanceux que d’autres. D’aucuns parviennent même dans ce court laps de temps à tirer leur épingle du jeu.
2. Les Vrais Faux Bourdons sont les bourdons dont la candidature passe la rampe de la CENA mais ne correspond à rien de mesurable en terme de résultat électoral. Ils poursuivent les mêmes objectifs que les Faux Bourdons mais ont l’avantage de se considérer comme candidat à l’élection présidentielle. Leurs électeurs se recrutent dans leur petite famille, vu que, sortis d’elle, ils cumulent trop de concurrents au niveau villageois, communal, départemental et régional pour convaincre grand monde. Ils participent de la logique de fractionnement du potentiel régional du candidat le plus crédible d’une région.
3. Les Vrais Bourdons sont des candidats qui partagent les mêmes travers que les Vrai Faux Bourdons mais sont là-dessus plus nuisibles qu’eux au meilleur candidat de leur région. Ils ont une assez bonne visibilité tribale et communale mais ne dépassent pas l’étape du département. La poussière de scores qu’ils réalisent à l’élection présidentielle est une malédiction arithmétique du candidat régional et une bénédiction pour le candidat de la région opposée. En fonction de leur score, ils parviennent à faire des deals vertueux ou vicieux selon que, contre promesses sonnantes et trébuchantes ou d’éventuelles nominations, ils s’alignent derrière le leader régional ou se vendent à son adversaire.
4. Enfin les Gros Bourdons sont ceux dont le poids électoral est suffisamment considérable pour mériter une place à leur mesure sur le marché des négociations préalables au choix du Président. Car, qu’on le veuille ou non, au Bénin le président se choisit plus qu’il ne s’élit. Ces Gros Bourdons ne sont donc pas seulement ni forcément des candidats à l’élection présidentielle, mais ils peuvent être aussi des chefs de parti bien ancrés dans le paysage politique national, des personnalités au charisme reconnu, ou à la notoriété publique établie. Leur visibilité électorale est régionale voire nationale.
Les Quatre types de bourdons ainsi définis, venons-en maintenant aux styles auxquels ils donnent lieu.
1. Le Style du Bourdon Obsessif et Obsédé de Présidence.
Ce sont des individus qui meurent d’être Président ; qui se sont mis dans la tête de l’être, même si cette éventualité est surannée, hors saison ou ajouterait à l’impudeur de l’injustice régionale qui caractérise l’histoire des élections présidentielles au Bénin. A propos de l’impudeur, celle-ci peut aussi bien référer l’injustice liée au genre, vu que depuis 1960 aucun président de la République n’a été du sexe féminin. Mais plus spécifiquement et concrètement, ce style obsessif et obsédé dont l’obsession confine à l’impudeur est caractérisé par l’inflation gesticulatoire. Ces bourdons, depuis plusieurs mois voire des années, et au fur et à mesure que l’’échéance présidentielle approche, multiplient des gesticulations et mièvreries médiatiques qui font d’eux des candidats particulièrement bourdonnants. Un parangon de ce style est donné par M Abdoulaye Bio Tchané. Il relève du type Gros Bourdon.
2. Le Style du Bourdon Subtil, Hautain et Amoral.
Ils ont commencé à faire parler d’eux depuis un certain temps. La subtilité de leur démarche qui est aussi une posture de contre-attaque des critiques potentielles de leurs détracteurs leur intime la stratégie d’un effort pédagogique tendant à les absoudre des reproches d’ordre éthique et logique qui pèsent sur eux. Par exemple, le fait qu’ils appartiennent au noyau du régime finissant rejeté par le pays pour sa médiocrité et ses crimes divers aurait dû, en toute éthique, leur imposer un devoir de profil bas et d’autocensure politique ; comme cela se fait dans des pays comme le Japon où les hommes politiques fautifs vont jusqu’à se suicider, parce que peu fiers des fautes qu’ils ont commises. Dans le cas d’espèce, et toutes choses égales par ailleurs, ces bourdons qui s’insinuent subtilement dans l’arène présidentielle, à défaut de se suicider pour les fautes graves dont ils sont comptables ou solidaires, pourraient tout au moins avoir le respect moral de se retirer dans un monastère, et méditer sur leurs responsabilités le reste de leur vie. Mais au contraire, ils contrattaquent sans vergogne ni états d’âmes, et se permettent même de professer des leçons de philosophie sociale censées être le gage lumineux de leur mutation, la caution d’une hypothétique vision éthique immanente. Ce faisant, engoncé dans leur froideur amorale, substituant leur éthique frauduleuse à la morale commune, ils prennent les électeurs béninois pour plus amnésiques ou imbéciles qu’ils ne sont. Ce style est incarné par des hommes comme Pascal Irenée Koupaki. ; et dans une moindre mesure, M. Victor Topanou, qui faisaient tous naguère partie du Noyau dirigeant du gouvernement de M. Yayi.
3. Le Style Bourdon Galonné, incarné par des civils qui ont dirigé le Ministère de la Défense, ou des militaires qui croient à la manière toute béninoise que le phénomène Kérékou peut se rééditer, et que la fortune de ce dernier pourrait leur sourire aussi. Des gens qui croient que le Bénin a un destin militaire, et que les Béninois aiment se faire diriger par des hommes issus de l’Armée. Certains de ces hommes ont profité de leur passage au sein du pouvoir pour se faire une jolie fortune et, comme l’argent est un élément décisif de la crédibilité électorale, ils envisagent d’investir le fruit de leurs rapines pour, une fois arrivé au pouvoir, rentrer dans leurs fonds et s’enrichir au centuple. Comme la plupart des bourdons présidentiels, ils n’ont cure des partis politiques, et aucune expérience d’élus ou si peu, et s’abritent derrière l’aura de leur grade de généraux. Ce sont de Faux Bourdons pour certains et de Vrais Faux Bourdons pour d’autres voire même de Vrais Bourdons. Les Faux Bourdons étant ceux qui font le plus de bruit, et évitent tout autre test électoral que celui de la présidentielle. Ce style est incarné éminemment par le Général Gbian, mais aussi par un civil comme M. Kogui Ndouro.
4. Le Style du Bourdon Galetteux et Sûr de Soi. Comme l’argent est le sésame d’accès au fauteuil présidentiel, ceux qui font profession d’en avoir à profusion estiment qu’il est temps pour eux de décider directement du sort de leurs compatriotes. Pour donner du crédit à leur initiative et la naturaliser malgré leur arrogance campée sur le totalitarisme pécuniaire, ils bourdonnent énormément. Mais la plupart du temps, il ne s’agit pas d’un bourdonnement direct, qui menacerait alors de les assimiler au cas de M. Abdoulaye Bio Tchané et son inflation gesticulatoire ; ce sont plutôt des gesticulations télécommandées et en représentation. Nous avons affaire en leurs personnes à de Gros Bourdons dont certains, s’ils ne possèdent pas une expérience politique diurne ont fait partie des soutiens financiers plus ou moins occultes de nombreux partis politiques. Dans une logique de perversion du politique, de renversement des principes, et de désacralisation de la fonction présidentielle, se souciant du conflit d’intérêt comme d’un guigne, cette caste de Bourdon Galetteux jette le masque et tient le haut du pavé médiatique. Ils ont nom Patrice Talon, Sébastien Ajavon ou Martin Rodriguez pour les plus en vue. Ils relèvent tous du type du Gros Bourdon.
5. Le style du Bourdon Intellectuel Présomptueux. Généralement, il passe pour Docteur, Professeur, Agrégé, ou Avocat, si ce n’est pas tout cela à la fois. Il se croit imbu de la science infuse, notamment dans les domaines d’activité que le sens commun, aidé par le consensus frauduleux qu’il véhicule et son discours auto-promoteur, associe naturellement non seulement à la science politique mais à la légitimation scientifique des actes de la vie politique. Il passe pour le Monsieur-je-sais-tout de la politique, celui dont l’opinion, frauduleusement travestie en sainte vérité est censée apporter la lumière sur la norme et les pratiques politiques. Aidé souvent par un copinage médiatique complaisant, il symbolise le parfait exemple du consensus frauduleux qui fait du borgne un roi au pays des aveugles. Ce type a pour parangon un homme comme le Professeur Joël Aïvo, l’ancien Directeur de cabinet de Me Adrien Houngbédji qu’il a trahi pour les mirages du camp opposé ; mais à côté de cet ancien jeune pressé, on peut aussi citer dans le même style mais en plus éthiques et pondérés les Professeurs Topanou et Djogbénou. Le premier, M. Aïvo, n’appartient à aucun parti connu depuis sa trahison ; nonobstant quoi, il se positionne comme un personnage public sans qu’on sache le fondement de cette identité construite avec la complaisance vicieuse du milieu médiatique. Le second, M. Topanou, appartient à un parti politique, et plus encore le troisième Me Djogbénou est devenu un élu de la septième législature commençante. Ce type du Bourdon Intellectuel Présomptueux fait surtout du bruit pour se donner une valeur sur le marché des postes.
6. Le Style du Bourdon à Fonctionnement International. Il est incarné par des hommes qui ont intériorisé aveuglément le modèle éminent du présidentiable de l’ère du Renouveau Démocratique où le fonctionnaire international est à l’honneur. Mais bien que ce modèle entre dans une phase accélérée de remise en cause en raison de l’abus répété dont il a été le prétexte, ces hommes dont c’est l’atout majeur, entendent absolument le mettre au goût du jour. Ils jouent aussi, dans leur fausse discrétion, sur le rêve de l’oiseau rare, qui vient de loin, et qui a plané dans tant de cieux qu’il pourrait inonder ses concitoyens de l’aura emmagasinée au contact du monde extérieur et notamment des Blancs qui sont la référence en tout, à commencer par le pouvoir politique, dont ils sont à la fois les facilitateurs et les garants. Par certains côtés, leur espérance est ridicule parce que le déterminant de l’élection présidentielle au Bénin ne s’arrête pas à ces trafics d’influence, mais aussi parce que les Béninois, très pragmatiques, ne sont plus impressionnés par le seul fait de venir d’ailleurs. Aveuglés par le totalitarisme pécuniaire en vogue actuellement, le Béninois se rit du fonctionnaire international en complet veston et aux poches vides. Ce style du Bourdon à Fonctionnement International est incarné par des hommes comme Kogui N’douro, A. Agbénonci, S.P. Adovelande, Daniel Edah, Yves Sinzogan, etc. Ces Bourdons à fonctionnement international ont généralement une haute opinion de leur espèce, et sont des hommes qui veulent jouer subtilement sur tous les tableaux, ou pour le dire dans une langue qu’il sont censés connaître « They want to eat their cake and have it ». Car normalement pour faire une candidat présidentiel sérieux, il faut avoir évolué dans la vie politique du pays, mis la main au cambouis politique national. Or ce sont des gens qui ont choisi d’aller jouir à l’extérieur de tout ce que le poste de fonctionnaire international a de juteux et de jouissif, puis dans le même temps, ils veulent le plus éminent des postes de fonctionnaire national : en somme, ils veulent le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière!
7. Le Style du Bourdon du Sérail . Ce style est incarné par des hommes qui ont blanchi sous le harnais des partis politiques. Ce sont souvent des élus, dont certains passent pour des modèles de l’élu vocal, contrôleur de l’action gouvernementale. Dans tout pays normal, c’est en leur sein que devrait être choisi le président, car ils ont fait leurs preuves et leurs classes politiques, connaissent leurs concitoyens et sont bien connus d’eux. Seulement voilà, nous sommes au Bénin et, échaudés par l’habitude du parachutage de l’oiseau rare venant d’ailleurs, ils vivent dans la désarroi d’une sinistre récidive de cette logique insensée qui a montré son innocuité et sa scandaleuse légèreté. Dans le même temps, leur nombre relativement élevé au sein des grandes alliances les expose à des compétitions et des rivalités internes pour le moins périlleuses. La figure la plus notoire de ce style du Bourdon du Sérail est offerte par le député Éric Houndété, dont l’activisme médiatique le fait qualifier par les mauvaises langues de « Président-Facebook. » Mais à côté de cette figure active de l’actuel 1er Vice président de l’Assemblée nationale, qui en matière de candidature à la présidentielle l’a vraiment chevillé au corps, il faut citer aussi ses concurrents intérieurs que sont Kolawole Idji, Emmanuel Golu, tous de l’Union fait la Nation, mais aussi ses rivaux extérieurs que sont les Lehady Vinagnon Soglo, les Mathirin Coffi Nago, les Janvier Yahouédéou, et autres Raphaël Akotègnon.
8. Le Style du Bourdon Français, qui comme son nom l’indique est incarné par un délégué du gouvernement français. Une espèce de bourdon étrangère à la ruche politique nationale et dont la mission est d’instrumentaliser le Bénin pour faire échec à la politique d’unification monétaire dont la concrétisation menace l’hégémonie indue du franc CFA qui a trop abusé de la candeur et de la passivité puérile des dirigeants de l’Afrique francophone. Ce style est ostensiblement incarné par le franco-béninois Lionel Zinsou, propulsé Premier Ministre sans autre forme de procès, et sans avoir jamais fait la moindre classe politique au Bénin. Pourquoi ? Parce que nous sommes justement au Bénin où les extravagances les plus inouïes se donnent libre cours en plein jour sous le couvert de l’originalité germanopratine africaine dont nous avons du mal à nous guérir.
9. Enfin, signalons le Style du Bourdon Déluré à Résonance Authentique, incarné par des hommes comme M. Koovi Bertin Segbowe qui, venu d’on ne sait quel obscur horizon despotique, et blindé par on ne sait qui, manipule la conscience collective ou plus exactement l’opinion en spéculant sur l’effet performatif d’annonces pour le moins abracadabrantesques.

Au total, tous ces bourdons font du bruit, chacun à sa manière. Mais de leur sein sortira la seule abeille qui produira le miel présidentiel. Quel est ce bourdon ? Tout dépendra de toi, électeur béninois dès lors que de tout ce concert de bourdonnements anarchique, tu apprendras à séparer le faux bruit de la vraie parole d’espoir et de vérité.
Adenifuja Bolaji

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