Judas Contre Tartuffe : Sociologie de la Procuration des FCBE

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I. L’Accusation de Judas et son Pendant Ontologique

Après l’élection du bureau de l’Assemblée nationale qu’ils ont perdue, les FCBE se sont lancées avec passion dans un procès en sorcellerie contre un des leurs, et pas des moindres : il s’agit du ministre du plan, M. Marcel de Souza, qui se trouve être accessoirement beau-frère du président.
Les camarades du ministre l’accusent d’être Judas qui aurait donné le baiser fatal à leur espérance d’accaparer le perchoir. Sobriquet accusateur que rejette avec force argument l’intéressé, qui accuse en retour ses détracteurs d’être de médiocres opportunistes en mal de bouc émissaire pour justifier leurs erreurs politiques et stratégiques. Mais l’accusation de Judas portée à l’encontre du ministre du plan ne tombe pas des nues. Elle découle de l’acte d’insubordination posé par M. de Souza qui a, au jour J et à l’heure H, violé le pacte de la procuration en faisant irruption dans la salle des votes, juste avant le démarrage des opérations. Ce geste annula de droit sa procuration, ce qui lui permit de voter par lui-même. Le ministre considérait son intervention ex-machina comme un acte d’honneur car, à l’en croire, il se sentait humilié plus par la forme que par le principe de la procuration. Qu’il fût porteur de procuration ne le gênait pas, mais que l’on mît en doute la probité d’un homme comme lui, « FCBE bon teint » comme il se qualifie, artisan de la première heure et intime du chef de l’État depuis 30 ans était pour lui tout simplement insupportable.
Au contraire, ses accusateurs affirment que sa violation du pacte de la procuration ne visait qu’un but : voler au secours du camp d’en face en perte de vitesse. Malgré la gravité de l’accusation et le cinglant démenti de l’intéressé, le bureau des FCBE n’a pas démordu et a réaffirmé ses griefs contre le ministre de façon catégorique et argumentée. Les tenants de l’accusation estiment que l’entrée en scène irrégulière du ministre de Souza, intervenant au moment même où le bruit courait que leur parti était en passe de l’emporter, est pour le moins douteuse. Le communiqué du bureau des FCBE réitère ses accusations en l’appuyant d’une analyse de l’état des forces qu’elle considérait favorable à leur camp. L’insistance de l’accusation témoigne d’une assurance pour le moins troublante. Sur quoi est fondée la certitude des FCBE qu’il y a un traitre et que celui-ci ne pouvait être que M. de Souza ?
A partir des scores des partis en lice tels qu’officiellement proclamés par la cour constitutionnelle, on peut reconstituer le mouvement logique du vote du côté des FCBE. Ce parti part sur la base des 33 députés obtenus lors des élections ; par l’emprise des procurations, ce nombre a été gelé. Ensuite il y eut les trois députés de l’AND dont leur chef de fil avait annoncé le passage du côté des FCBE ; ce qui fait porter le nombre de 33 à 36. Quand on y ajoute les quatre députés de l’UB et de l’Alliance Éclaireur proches du pouvoir, on arrive à 40. Reste le groupe singleton incarné par le dealer politique ATAO et son soi-disant réseau ; celui-ci, après moult atermoiements et remuements de cul a fini par se vendre au plus offrant, c’est-à-dire au camp galetteux du pouvoir. Ce qui fait donc un total de 41 députés pour les FCBE. 41 députés tel que le donne l’issue finale du vote du bureau de l’élection. Parmi ces 41 députés figurait formellement le ministre du plan. Théoriquement, si M. de Souza n’avait pas « voté fidélité » comme il l’affirme lui-même dans sa conférence de presse, le score des FCBE & Co aurait été de 40 députés et non pas 41.
Or au vu de la certitude très appuyé des tenants de la thèse d’accusation qui n’hésitent pas à traiter le beau-frère du président de Judas, force est d’en déduire la très forte probabilité d’existence d’un ou de deux traîtres tapis dans les rangs de ceux qui prétendent avoir voté pour Adrien Houngbédji — À en croire la déclaration du Ministre de Souza, un groupe nommé Force Nouvelle n’aurait-il pas, assuré que le nombre de députés acquis aux FCBE était de 45 ? Pour que l’accusation de Judas tienne la route, on doit faire l’hypothèse de l’existence d’un Tartuffe qui a donné l’engagement de voter pour Houngbédji mais qui in fine a voté pour Koutché. Le jeu des tartuffes était serré, car il ne fallait pas non plus trop en faire pour ne pas mettre la puce à l’oreille à leurs « amis politiques » proclamés. D’où la limitation du nombre de tartuffe à un. Ce tartuffe est un sous-marin téléguidé par les FCBE, c’est-à-dire par le président de la république lui-même, qui connaît ses codes et ses options ; il a certifié la main sur le cœur et peut-être sous serment d’avoir rempli sa mission et c’est ce compte rendu qui conforte les accusateurs de M. de Souza dans leur certitude.

D’une certaine manière, le Judas et le Tartuffe se sont neutralisés mutuellement. Soit parce que l’existence de Judas est imaginaire, conséquence de l’amertume de la défaite et du désir de chercher un bouc-émissaire commode. Soit Judas existe –l’entrée en scène inattendue de M de Souza est un élément de coïncidence troublante qui apporte de l’eau au moulin de ses accusateurs — et alors au vu de l’arithmétique, il nécessite l’existence inverse de Tartuffe dans le camp de l’opposition. Au moment où Judas votait pour Houngbédji, Tartuffe votait pour Koutché et le score 42/41, reflet du rapport positif entre les deux camps, est resté globalement invariant.

Ce qui est exaspérant dans cette histoire c’est l’accent pseudo moralisateur du discours des FCBE qui, après moult violations diverses perpétrées par leur leader, après les transactions occultes d’achat de consciences et de votes après la marchandisation scandaleuse des représentants du peuple, n’hésitent pas à exciper de leur passion pour la jeunesse et d’autres dormitifs du même tonneau pour donner des leçons de morale à leurs adversaires et, par-delà eux, à la conscience collective tout entière.

II. Les Différentes Listes de Députés FCBE et Alliés Pendant le Vote

1. Liste des 41 Députés FCBE et alliés qui ont voté pour M. Koutché

•    Bako Arifari Nassirou (FCBE) 1
•    Bako Idrissou (FCBE) 2
•    Katè Sabaï (FCBE) 3
•    Gounou Sanni (FCBE) 4
•    Kassa D. Barthélémy (FCBE) 5
•    N’dah Kouagou Eric (FCBE) 6
•    Bagana Gilbert (FCBE) 7
•    Dafia Abiba (FCBE) 8
•    Gibigayé Mohamed (FCBE) 9
•    Jacques Yempabou (AND) 10
•    Gounou Salifou Abdoulaye (Eclaireur) 11
•    Mohamed Atao Hinouho (ATAO) 12
•    Cyprien Togni (AND) 13
•    Houngnibo K. Lucien (UB) 14
•    Ahonoukoun Tossou Marcellin (UB) 15
•    Octave Houdégbé (AND) 16
•    Valentin Djènontin (FCBE) 17
•    Yarou R. Théophile (FCBE) 18
•    Kora Gounou Zimé (FCBE) 19
•    Yarou Sinatoko Kiaré (FCBE) 20
•    Gbadamassi Rachidi (FCBE) 21
•    Bah Guèra Chabi (FCBE) 22
•    Bagoudou Z. Adam (FCBE) 23
•    Koutché Komi (FCBE) 24
•    Okoundé Jean-Eudes Kotchikpa (FCBE) 25
•    Tchobo D. Valère (FCBE) 26
•    Okounlola Biaou André (FCBE) 27
•    Dègla A. Benoît (FCBE) 28
•    Agoua Assogba Edmond (Alliance Eclaireur) 29
•    Essou Noudokpo Pascal (FCBE) 30
•    Gbahoungba David (FCBE) 31
•    Soumanou F. Alassane (FCBE) 32
•    Atchadé Nourénou (FCBE) 33
•    De Souza Marcel A. A. (FCBE) 34
•    Dagniho Rosine (FCBE) 35
•    Sofiath SCHANOU (FCBE) 36
•    Codjo Dossou Simplice (FCBE) 37
•    Abiola A. François (FCBE) 38
•    Abimbola Jean-Michel (FCBE) 39
•    Aké Natondé (FCBE) 40
•    Sonon Dépo Gustave (FCBE) 41

2. Liste des 16 députés qui ont voté par procuration pour M. Koutché

Arifari Bako 1
Abimbola 2
Togni Cyprien 3
André Okounlola 4
Abimbola 5
Gbahougna Jean David 6
Dègla Bénoit 7
Ahonoukoun Marcellin 8
Eric Kouagou N’Da 9
Allasanne Soumanou 10
Kassa Barthélémy 11
Bako Idrissou 12
Gbadamassi 13
Sonon Gustave 14
Kodjo Dossou Simplice 15
Gounoun Sanni 16

3. Liste des Députés porteurs d’une procuration

Komi Koutché 1
Aké Natondé 2
Houdégbé Octave. 3
Biaou Sina Toko. 4
Dafia Abiba 5
Tchobo Valère 6
Théophile Yarou. 7
Houngnibo Lucien. 8
Gilbert Bangana 9
Okoundé Jean Eude. 10
Adam Z. Bagoudou 11
Katé Sabai 12
Djenontin. 13
Essou Pascal 14
Djibigaye Mohamed 15
Atchadé Nourenou 16

4. Liste des couples de députés en procuration

Arifari Bako Komi Koutché
Abimbola Aké Natondé
Togni Cyprien Houdégbé Octave.
André Okounlola Biaou Sina Toko.
Abimbola Dafia Abiba
Gbahougna Jean David Tchobo Valère
Dègla Bénoit Théophile Yarou.
Ahonoukoun Marcellin Houngnibo Lucien.
Eric Kouagou N’Da Gilbert Bangana
Allasanne Soumanou Okoundé Jean Eude.
Kassa Barthélémy Adam Z. Bagoudou
Bako Idrissou Katé Sabai
Gbadamassi Djenontin.
Sonon Gustave Essou Pascal
Kodjo Dossou Simplice Djibigaye Mohamed
Gounoun Sanni Atchadé Nourenou

5. Liste des Députés singleton (sans procuration)

de Souza Marcel (FCBE)
Dagniho Rosine (FCBE)
N’dah Kouagou Eric (FCBE)
Jacques Yempabou (AND)
Gounou Salifou Abdoulaye (Eclaireur)
Mohamed Atao Hinouho (ATAO)
Kora Gounou Zimé (FCBE)
Yarou Sinatoko Kiaré (FCBE)
Bah Guèra Chabi (FCBE)

III. Estimation hypothétique du coût Financier de la Procuration

La facilité avec laquelle Yayi Boni se livre à la pratique de l’achat de conscience en général et de l’achat de vote en particulier découle de son éthos de banquier mais aussi du fait que l’argent dépensé ne sort pas de sa poche personnelle. D’une manière générale, et dans les c conditions éthiques au-dessus de tout soupçon, on peut majorer la fortune personnelle d’un homme comme Yayi Boni, qui a été tour à tour conseiller à la présidence, Fonctionnaire à la BCEAO, puis Directeur de la BOAD. Mais tel n’est apparemment pas le cas de Yayi Boni, et ce depuis son passage à la BOAD. Sa gestion de la BOAD n’a pas été très reluisante, raison pour laquelle le rapport auquel elle a donné lieu n’a pas été publié. Cela indique des sources et l’origine historique de l’éveil de la corruption dans le cursus professionnel de Yayi Boni. Mais l’homme quia dû ce barder de gros hommes d’affaires comme Patrice Talon ou Ajavon, etc avant d’accéder à la présidence de la république ne devrait pas crouler sous des tonnes de milliards personnels. C’est seulement une fois Président que Yayi Boni a eu le loisir de manier la louche des milliards et de se faire un joli pactole à l’abri des regards et qu’aucune institution n’osera questionner. La bagarre pour le contrôle politique de sa succession éventuelle si ce n’est pas la pérennisation au pouvoir vise en grande partie à s’assurer de l’impunité pour tous les crimes qu’on peur lui reprocher — qu’ils soit économiques, politiques, ou de droit commun.

En attendant, le motif capital de la facilité d’acheteur de conscience de Yayi Boni découle du fait que l’argent des transaction ne vient pas de sa poche. La banquier qui ne dort pas en lui, et qui plus est se dit Docteur en économie a fait porter la barre très haut. De millions avant lui, l’unité de compte de la corruption est passée au milliard. Yayi raisonne en dixième de milliards, en quart de milliards, en demi-milliards et bien sûr en milliards.

Pour geler l’intention de vote de ses 33 députés afin de les sécuriser pour le décompte final lors de l’élection du bureau de l’Assemblée, Yayi Boni a dû donner en retour une compensation à ces hommes, qui se disent honorables ou futurs honorables. Selon certaines indiscrétions le coût du renoncement serait de 100 millions de francs CFA, soit un dixième de milliards pour user de l’unité de compte de la corruption chère à Yayi Boni. Avec 33 députés, la dépense s’élève à la bagatelle de 3, 3 milliards FCFA ( trois milliards trois cents millions de francs CFA).

En toute logique sachant que les rumeurs sont partagées entre les achetés, si leur valeur d’usage est la même, il faudrait mettre une hiérarchie entre leur valeur d’échange en fonction de leur origine politique. Selon qu’ils vienne d’ailleurs et de quelle distance politique — ce qui selon l’éthique pourrie de Yayi veut dire aussi de quelle région. Nous n’irons pas jusqu’à affirmer que des trois députas de l’AND qui sont allés brouter sur les verts pâturages du pouvoir Yayi a payés Jacques Yempabou le nordique moins que Togni Cyprien ou son ami Houndégbé Octave. Mais en tant qu’ils proviennent d’un parti assez loin de la mouvance à l’origine, leur valeur d’échange doit être marquée supérieur à celle des députés maisons. Les mauvaises langues évalue leur poids à 250 millions, ce qui fait 750 millions, auxquels il faut ajouter des frais annexes occultes correspondant à la valeur d’échange d’un député de leur alliance, soit 250 millions, ce qui fait en tout 1 milliard déboursé pour les transfuges de cette alliance

Les 4 Députés UB et Eclaireurs étant à la même distance proche du pouvoir, ils auront le double de la valeur d’échange des FCBE, ce qui fait 800 millions. Reste enfin le singleton ATAO, qui s’est singularisé à dessein pour faire monter les enchère à la fois politique et financier en son nom. Si Yayi Boni avait gagner dans une espèce de modestie perfide, il n’aurait pas dédaigné que la victoire finale, lui fut apporté par ce brave député singleton. C’était aussi la posture que prenait M. ATAO, dans son langage gestuel. Pour toute ces raisons, il ne serait pas surprenant que da sa valeur d’échange tournât secrètement autour de 500 millions. Si bien que le coût global des procuration pour Yayi Boni, excusez de l’erreur, pour les caisses de l’Etat, est résumé dans les tableaux ci-dessous

Coût hypothétique de la Procuration des députés FCBE

Numéro Nom Prénom Coût hypothétique

de la Procuration

(en millions de francs)

1 •    Bako Arifari Nassirou 100
2 •    Bako Idrissou 100
3 •    Katè Sabaï 100
4 •    Gounou Sanni 100
5 •    Kassa D. Barthélémy 100
6 •    N’dah Kouagou Eric 100
7 •    Bagana Gilbert 100
8 •    Dafia Abiba 100
9 •    Gibigayé Mohamed 100
10 •    Valentin Djènontin 100
11 •    Yarou R. Théophile 100
12 •    Kora Gounou Zimé 100
13 •    Yarou Sinatoko Kiaré 100
14 •    Gbadamassi Rachidi 100
15 •    Bah Guèra Chabi 100
16 •    Bagoudou Z. Adam 100
17 •    Koutché Komi 100
18 •    Okoundé J-Eudes Kotchikpa 100
19 •    Tchobo D. Valère 100
20 •    Okounlola Biaou André 100
21 •    Dègla A. Benoît 100
22 •    Essou Noudokpo Pascal 100
23 •    Gbahoungba David 100
24 •    Soumanou F. Alassane 100
25 •    Atchadé Nourénou 100
26 •    De Souza Marcel A. A. 100
27 •    Dagniho Rosine 100
28 •    Sofiath SCHANOU 100
29 •    Codjo Dossou Simplice 100
30 •    Abiola A. François 100
31 •    Abimbola Jean-Michel 100
32 •    Aké Natondé 100
33 •    Sonon Dépo Gustave 100
Total ( en milliard de F): 3, 3 milliards

Coût hypothétique de la Procuration des 3 députés AND

Numéro Nom Prénom Coût hypothétique

de la Procuration

(en millions de francs)

1 Jacques Yempabou 250
2 Togni Cyprien 250
3 Houndégbé Octave 250
Frais annexes 250
Total 1000,00

Coût hypothétique de la Procuration des 4 Députés UB/Eclaireurs

Numéro Nom Prénom Coût hypothétique

de la Procuration

(en millions de francs)

Gounou Salifou Abdoulaye 200
Agoua Assogba Edmond 200
Houngnibo K. Lucien 200
Ahonoukoun T. Marcellin 200
Total 800,00

Tableau récapitulatif des Dépenses

Nombre de Députés Alliance Coût de l’achat/procuration

(en milliards F CFA)

33 FCBE 3,300
3 AND 1,000
4 UB/ECLAIREUR 0,800
1 ATAO 0,500
Total 41 5,6

Le coût hypothétique C1 des procurations et achats de conscience effectués par Yayi Boni s’élevant à 5, 6 milliards, on peut supposer que le coût réel C2 est compris entre sa moitié entière, 3 milliards, et son majorant entier, 6 milliards !

Binason Avèkes et Beatrice Gbetey

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