Bénin : Sept Indices du Racisme Régionaliste

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D’abord il convient de préciser le sens de ce qui est ici entendu par racisme régionaliste. De fait, on sait d’une part ce que c’est que le racisme en tant qu’idéologie, et d’autre part ce que signifie, chez nous, le mot régionalisme en termes de mentalité et de pratiques. Mais la posture et les agissements de M. Yayi, président de la république, en ce qu’ils sont déterminés en permanence par une préférence régionaliste idéologiquement motivée, et en tant qu’ils conduisent à des pratiques régionalistes systématisées, participent à la fois des deux travers. C’est d’abord un racisme de par l’idéologie et la rationalité mise en jeu ; et un régionalisme en ce que la région est son objet et sa raison d’être. C’est pour cela que les actes qui s’inscrivent dans ce cadre idéologique et mettent en œuvre ces pratiques sont qualifiés de racisme régionaliste.
Depuis sept ans que l’homme est au pouvoir, on a vu se dessiner à travers ses choix et ses décisions, le spectre lugubre de ce travers d’un nouveau genre au sommet de l’État.  Sept indices en  rendent compte de manière évidente. Et, en dépit du fait que les pièces à conviction ne se produisent pas de façon successive ou systématique dans le temps et l’espace politique, leur regroupement a posteriori tombe sous le sens et rend raison de l’intention à peine cachée qui les ordonne.

1.) Les victimes d’emprisonnement, ou les ministres déférés devant la Haute cour sont tous originaires du sud

C’est une évidence. Et cela est a priori étonnant, pour un gouvernement qui, lorsqu’il s’agit de distribuer prébendes et faveurs fait montre d’une parité sourcilleuse dans le meilleur des cas ; sinon d’une préférence régionaliste, en contradiction avec les réalités sociologiques du pays. Sur cette question des emprisonnements ou de déferrement devant la Cour, la question qui vient  à l’esprit est de savoir : qu’est-ce qui est reproché à tous ces hommes et femmes du sud, qui n’a pu l’être à aucun homme ou femme du Nord ? La corruption est-elle l’apanage d’une région, et la vertu celle d’une autre ?
2.) La longévité ethniquement variable de la participation au gouvernement de deux membres de la société civile

Ces deux membres ne sont autres que Madougou et Gbégnonvi. L’un est connu pour sa présence médiatique active et son rôle institutionnel dans la Société Civile avant et après l’avènement de M. Yayi comme président de la république. L’autre n’a été essentiellement que la femme d’une cause : le combat contre les velléités de pérennisation au pouvoir de Kérékou. Sous le slogan « Touche pas à ma Constitution », elle a été l’un des ténors du mouvement qui a fait plier les nostalgiques de l’ancien régime qui multipliaient intrigues et fourberies pour maintenir leur idole au pouvoir. Ces deux personnages issus de la Société Civile, à un moment donné ou à un autre, se sont trouvés dans le gouvernement de M. Yayi. L’un est originaire du Sud. L’autre est de ce Nord d’élection cher au cœur de M. Yayi et dont il a fait son bastion politique.
Il se trouve que le séjour gouvernemental du sudiste a été des plus brefs tandis que celui de la nordiste court toujours et enjambe deux législatures. On pourra dire qu’il n’ y a là que question de tempérament et d’opportunité politique. S’il est vrai que M. Gbégnonvi, n’ayant pas toujours sa langue dans sa poche, en a pu faire les frais. Mais on a du mal à comprendre comment l’égérie de la bonne gouvernance, de la démocratie citoyenne, de la justice qu’a été un temps Mme Madougou continue de s’entendre avec M. Yayi qui n’est pas un parangon de vertu démocratique, et soit avec lui comme cul et chemise alors qu’il y a beaucoup à dire en termes de respect des règles de la démocratie, de la liberté de presse, depuis que M. Yayi est au pouvoir. Comment expliquer cette intrigante intimité autrement que par les rumeurs sur d’éventuels rapports intimes ? En tout cas le racisme régionaliste fournit aussi la clé d’une intimité autrement plus idéologique.
3.) Les Fomentateurs de coup d’État sont tous du sud

Talon, Dagnon, Zomanhoun, etc..
et d’une manière générale les hommes d’affaire contre lesquels M. Yayi s’acharne, les Adjavon, les Talon, les Boko, etc. sont tous du sud. Et ce n’est pas uniquement du délire de prêter l’intention au chef de l’État de casser ce noyau d’hommes d’affaires du sud pour y introduire d’autorité des acteurs du Nord.
4.) Le refus de sanctionner Mme Kora Zaki dans l’affaire de fraude au concours du ministère de l’économie

Rien à dire sur ce point particulier autre que d’exprimer sa stupéfaction, sa révolte et son ahurissement. Au mépris de l’éthique sociale et politique, l’affaire a offert à Monsieur Yayi l’occasion de prouver au Nordistes son adhésion à leur région, et sa volonté à les protéger coûte que coûte. Au sudistes, à quel point il n’a que mépris pour eux. Même si dans le fond le mépris de la justice et de l’éthique en politique n’a ni couleur ni région.
5.) La fraude au concours du ministère de l’économie en faveur de nordistes n’ayant pas concouru et au détriment de sudistes ayant concouru

Là aussi ahurissant. Dans son principe, dans ses objectifs, dans ses modalités, on ne peut pas trouver meilleur paradigme de cette dérive raciste du régionalisme. Logique qui consiste à substituer des Issa Imorou qui n’ont pas concouru à des Lydie Yémagninssè, qui ont non seulement concouru mais sont bien classés ; il s’agit rien moins que d’un crime contre la cohésion nationale, contre la justice aux citoyens, contre la valorisation du mérite et de l’effort. Mais que ce favoritisme soit si violemment inspiré par le régionaliste, dénué de l’antique idée de parité, voilà qui illustre bien l’intention raciste.
6.) La lutte régionalement sélective contre le  Payo

Interdit au sud ; guerroyé au point même de donner lieu à des morts et des blessés, et de faire monter le prix du litre d’essence à des sommets. Mais le statu quo, et calme plat à partir des Collines et au-delà ! Rien à dire d’autre qu’écœurant !

7.) Le déséquilibre sociologique dans les nominations en faveur du Nord

Avant même l’arrivée au pouvoir de M. Yayi Boni sévissait au Bénin un mythe politiquement correct de la parité qui veut que pour une nomination d’un Béninois ressortissant du sud, il faille chercher absolument à compenser par la nomination d’un Béninois du Nord. Les comptes rendu de conseil des ministres et leur lot de nominations sont l’occasion d’étaler à la face du pays ce genre d’exercice d’apothicaire voué au pesage méticuleux des appartenances régionales : un Zinsou pour un Issa, un Glèlè pour un Bio etc… Or tout le monde sait que pour des raisons historiques, la sociologie béninoise n’exprime pas une parité en fonction des régions. En clair, le sud est sociologiquement plus avancé que le Nord. Et si on ne tient pas compte de cette avancée sociologique dans les nominations, on ne peut pas développer le pays pour aider ceux qui sont en retard. Mais cette pratique avait pour elle de partir d’un bon sentiment. Avec M. Yayi non seulement elle a été systématisée, mais elle a été portée à un point d’exaspération qui en a inversé l’équilibre en faveur du Nord et ce sans complexe ni scrupule.

Comme nous l’avons dit, ces agissements et ses actes, cette sensibilité relève du racisme. Dans le meilleur des cas le principe de ce racisme peut être considéré comme une préférence régionaliste, idéologiquement motivée. Celle-ci est basée sur l’idée que les nordistes sont historiquement désavantagés par rapport aux sudistes. Et que la mission sacrée de l’homme politique du Nord– Président, Ministre, Député–est de corriger ce déséquilibre sinon de l’inverser. Une correction qui se réalise de façon autoritaire, injuste et antidémocratique sur le mode qui consiste à déshabiller Zinsou  pour habiller Issifou.
Dans le pire des cas, le principe de ce racisme relève d’un manichéisme délirant et des plus haineux. Il fédère dans la même haine les oppositions mentales, culturelles, géographiques, linguistiques et religieuses ; et d’une manière irrationnelle semble tenir le sudiste responsable de l’indigence sociologique relative de son frère nordiste, et n’a de cesse de le punir passionnément. Cette volonté punitive se traduit chez M. Yayi dans le décalage entre tout le bien qu’il fait passionnément en faveur du Nord et tout le mal qu’il fait passionnément au détriment du sud. Toute la bienveillance d’un côté et toute l’insensibilité et le mépris de l’autre. Tout le plaisir qu’il tire à tourner les sudistes en bourrique, à exploiter leur haine de soi, puis à les jeter ensuite comme de vulgaires Kleenex pour tirer satisfaction de ce qu’il considère alors comme sa supériorité sur eux. Ces sentiments, cette idéologie correspond bien au terme choisi de racisme régionaliste.

Adenifuja Bolaji

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