Mon Idéo Va, court, Vole et Tombe sur…:
La Domination Symbolique
Si on mesure l’avenir d’un pays à la nature et à la qualité de sa littérature, et plus particulièrement ce que la presse qualifiée de ce pays qualifie de littérature, en faisant un silence douteux sur tout autre réalité, notre avenir au Bénin dépendrait donc des hommes politiques, dont les œuvres écrites sont affublées sans vergogne du titre pompeux de littérature. Nos héros littéraires, pour ne pas dire nos héros tout court auront nom : Reckya Madougou ou Marie-Elise Gbèdo et Cie. Nos textes de référence ou livres de chevet seront les “Mon Combat pour la Parole” et autre “Destin du Roseau” . En dépit de la
représentation charismatique de la chose littéraire et de la dénégation symbolique qui est au principe de celle-ci, on doit au réalisme de la sociologie de la littérature de reconnaître que la dimension politique sinon de la production d’un texte – fut-il à tort ou par excès qualifié de littérature – du moins de sa publicité ( au sens étymologique de mise en espace public) est évidente, prédominante et agissante. Le caractère interventionniste et cynique de la mise en jeu de certaines reconnaissances littéraires à travers l’octroi de prix en porte foi. Dans le domaine de la publicité comme de la production de ce qui est littérature, les politiques après s’être taillé la part du lion dans les ressources matérielles de la collectivité, fonction hélas récurrente et fatale de leur activisme, s’arrogent aussi la même part de lion dans le domaine des biens symboliques. Ce double cynisme très atténué dans les pays riches se donne libre cours à visage découvert sous nos cieux, sans vergogne ni scrupule. Dans un contexte de production de texte porté à l’indigence, sinon au désert des œuvres lettrées. Et c’est aussi avec le même manque de scrupule et de vergogne que la presse en arrive à qualifier de littérature des textes produits par des hommes ou des femmes politiques. La notoriété qui leur est reconnue dans l’espace profane du politique glisse sans solution de continuité dans l’espace sacré de la littérature et s’empare des valeurs symboliques, comme elle s’est emparée des biens matériels et des ressources publiques.
Ce n’est pas seulement une question de logique ou de classification. Comme le montre le nom litanique du roi Agonglo, tout le monde sait que l’ananas et le palmier sont rangés sans la même catégorie dans la classification botanique de l’ère culturelle Adja/fon ; l’ananas étant considéré comme un palmier nain. Alors que dans la botanique occidentale l’ananas est une plante herbacée appartenant à la famille des broméliacées et que le palmier à huile est un monocotylédone de la famille des Arécacées. Au-delà de la relativité culturelle des classifications et de la relativité du discours culturel, ce qui est à l’œuvre, c’est bel et bien l’accaparement généralisé des richesses d’une collectivité par une bande, une classe minoritaire qui ne représente qu’elle-même. Accaparement des richesses matérielles, financières et économiques d’une part ; mais plus grave encore, accaparement des richesses symboliques, imposition des cadres de vision et de division de la réalité. L’exploitation d’une collectivité, sa domination matérielle, ne sont ni inéluctables ni irréversibles ; mais si on n’y prend garde, elles le deviennent par le jeu subtil de la domination symbolique.
Éloi Goutchili
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