La qualité de l’air à Cotonou

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              Petite histoire d’un Changement

                          IV

Marmitenation_i_dr_14 Malheureusement, tous les déchets ne peuvent être traités par la seule solidarité citoyenne. A Xwlacodji, quartier historique de Cotonou, l’installation d’une usine de cimenterie en pleine agglomération empoisonne la vie de la population. Les riverains sont confrontés à une source de pollution face à laquelle leur solidarité écologique ne peut rien, avec le bruit assourdissant des machines et la tonne de poussière qui s’élève dans le ciel. Si le lecteurs se trouve à Cotonou, qu’il se donne la peine d’aller à Xwlacodji, non loin du ministère de la fonction publique, et il verra de ses propres yeux ce que je dis. Il découvrira une zone fortement industrialisée en pleine agglomération. Infernal ! Riverains et visiteurs cohabitent avec le bruit des machines et la poussière du clinker. Sur les toitures des bars et restaurants, en face de l’usine, il peut voir une couche épaisse de poussière. Je pleins les élèves et usagers qui arpentent cette rue poussiéreuse, et qui n’ont d’autre recours que de se pincer le nez. Que le lecteur, une fois sur place, ne s’avise surtout pas de s’attabler à un des nombreux restaurants du coin, car son plat sera saupoudré de clinker ! A tout cela s’ajoute le ballet incessant des camions qui transportent le clinker. Ils jouent eux aussi un rôle non négligeable dans la pollution atmosphérique. Au déchargement, ces camions éventent la poussière de clinker qui envahit l’atmosphère et affecte la qualité de l’air oxygéné.

Tout ceci n’est pas pour décourager le touriste curieux de découvrir ce quartier historique de Cotonou. Moi-même j’ai eu l’agréable surprise de faire l’expérience de la conscience écologique aiguë des autorités et habitants du quartier. A quelque chose malheur est bon, Xwlacodji peut être est fier d’avoir une structure de collecte des ordures ménagères, dont l’objectif est de lutter contre l’insalubrité grandissante. La plage, qui jadis avait une mauvaise réputation d’insalubrité, aujourd’hui, par sa propreté, fait mentir les préjugés. Quel plaisir pour le Bruxellois de se reposer là et de contempler l’océan ! Spectacle de rêve ! Rêve que dans un futur plutôt proche, l’usine qui pollue l’air du quartier sera très vite démantelée…

Autres sources de pollution industrielle, autre lieu. Sortie de Cotonou, à la descente du « nouveau pont », à « Dédokpo », une odeur tenace me saisit à la gorge. Exécrable, il n’y a pas d’autre mot ! A l’autre sortie de la ville, après le pont bascule, à Kindonou, le long de la route inter-Etat, même spectacle. Dans les deux cas, les odeurs proviennent des usines agroalimentaires du coin. Elles ont nom Saab et Crustamer. Entre provende pour volaille et conditionnement de crevettes, le côté alimentaire est tout simplement trompeur. Pour ce qui est de la pollution rien à envier à l’usine de Xwlacodji…

Ici, il n’y a pas de plage pour se reposer et rêver. Les ponts sont bruyants et encombrés de passagers et voitures, et surtout de Zémidjan, encore eux…

« Et tout ce monde qu’on voit sur les zémidjans !

      – la vendeuse, le bébé au dos, avec son tabouret, sa corbeille et toutes ses marchandises !

      – l’ouvrier qui est monté avec tous ses outils et son matériel ;

      – l’écolier qui s’accroche au conducteur ;

      – la maman avec un bébé au dos, et deux autres sur les genoux, et le plus grand qui aide le conducteur à bien conduire sa moto…

      – les copains qui font la traversée à trois ;

      – le père de famille amenant un mouton pour la fête;

      – l’éleveur qui transporte ses bêtes au marché ;

      – le Blanc qui fait son excursion touristique… »

Ainsi s’extasiait un ami Français de passage à Cotonou. Les Français ont une âme de poète. Du Prévert sous les tropiques, on en finirait pas… Au-delà de la poésie, il y a la réalité. En effet, j’ai opposé dans le domaine de la politique tous les « changements » passés au Changement que nous abordons actuellement. Et à tout bien penser, il semble qu’on peut distinguer clairement les changements. Les changements du passé peuvent être considérés comme poétiques quel que soit le nom qu’on a pu leur donner : Révolution, Renouveau, Renaissance, et j’en passe. Actuellement la marque d’authenticité qui semble jouer en faveur du nouveau régime donne raison au fait que le changement proposé soit un changement pratique. Les philosophes grecs opposaient le pratique au poétique. Bien que leur acception soit différente de celle que le commun donne à ces mots aujourd’hui, je revendique la simple distinction pour mieux faire comprendre la différence entre les diverses offres de changements qui ont marqué le discours politique dans notre pays. Poétique/Pratique : de tous les changements dont on nous a rebattu les oreilles jusqu’ici, Révolution, Renouveau, Renaissance, Résurrection, il est à remarquer que tous commencent par un R, air de déjà-vu, qui n’a rien changé à la qualité de l’air ! En revanche ne trouvez-vous pas un curieux signe de la Providence que seul le dernier porte simplement le nom de Changement ? Sans fioriture ni poésie supplémentaire. Signes à méditer.

Mais me direz-vous, peut-on vraiment méditer quand le changement dans la qualité de l’air de Cotonou nous confronte aux terribles réalités que j’ai essayé de présenter ? La chose est peut-être facile pour quelqu’un qui vit à Bruxelles, ville où, même lorsqu’on parle de pic de pollution, on ne voit jamais à l’œil nu des nuages bleus prendre d’assaut le ciel comme à Cotonou.

Très croyant, je fais miens les 10 commandements de l’environnement édictés par le ministère de l’environnement mais que j’ai pris la peine de simplifier :

      * Je dois protéger l’environnement car c’est mon patrimoine ;

      * Je dois respecter les normes en matière de pollution.

      * Je ne dois pas gaspiller les ressources naturelles.

      * Je construirai ma maison en respectant les normes de salubrité et de sécurité.

      * Je ne déposerai les déchets que dans les déchetteries ; trop de bruit est nuisible.

      * Je dois faire mes plans touchant à l’environnement dans le respect des normes

      * Je dois être paré aux catastrophes selon un plan rôdé à l’avance.

      * Je dois prévenir qui de droit si mon environnement est pollué ou contaminé.

      * Je suis comptable de ma part de pollution sous peine de sanctions

      * Tu ne dois pas receler des produits chimiques nocifs.

La prière est la poésie du pécheur, dit-on. Ces dix commandements peuvent être considérés comme le côté poétique de la question sur la qualité de l’air à Cotonou. Ce n’est pas que j’aie quelque chose contre la poésie, loin s’en faut. Par exemple, je ne rejette pas en bloc tout le contenu des changements du passé bien que je les aie rangés dans la catégorie poétique. Dans ces changements en R, que ce soit la Révolution, le Renouveau, la Renaissance ou la Résurrection, si on cherche, on trouvera bien quelque chose de bon. Ainsi, «la caractéristique fondamentale et la source première de l’arriération de notre pays est la domination étrangère… » est un constat qui tombe sous le sens. La seule question est de savoir si sous ce rapport la Révolution a changé quelque chose ou pas. Par ailleurs, il est bien vrai qu’en cinq ans de règne à la tête du pays, le taux de croissance négatif à l’entrée en fonction de Soglo est passé à 6%. Et «Cototrous» est redevenu Cotonou : Vrai ! Quant à la Résurrection, on lui trouvera mille défauts, prévarication, gestion sans bilan, corruption, paupérisme, misère et j’en passe, on sera bien obligé de lui reconnaître au moins un avantage : le fait qu’il justifie la nécessité du présent Changement !

A suivre…

Binason Avèkes.

© Copyright, Blaise APLOGAN, 2006