Libérer Nathalie Yamb

Manifeste contre l’arbitraire néocolonial et le conformisme européen

Ce texte est un appel clair et sans détour à la levée des sanctions visant Nathalie Yamb, frappée par l’Union européenne pour ses positions politiques et son engagement panafricaniste.

Ce qui est en jeu dépasse une personne. Il s’agit d’un affrontement politique et symbolique entre une parole africaine souveraine et un ordre géopolitique qui tolère mal la contestation de son parti-pris prédateur et raciste.


1. Une sanction révélatrice d’un malaise colonial non résolu

Depuis des décennies, la politique africaine de la France perpétue des mécanismes de prédation :

  • contrôle monétaire indirect,
  • réseaux politico-militaires opaques,
  • interventions militaires à répétition,
  • soutien à des élites favorables aux intérêts extérieurs.

Qualifier ces agissements pour ce qu’ils sont n’est pas un excès rhétorique : c’est une courageuse approche descriptive de la réalité.

Nathalie Yamb a choisi de nommer ces réalités frontalement.
Elle a dénoncé ce qu’elle considère comme une domination persistante.
Elle a assumé une parole décoloniale radicale.

La réponse européenne ne fut pas le débat.
Ce fut la sanction.


2. Le suivisme idéologique européen

L’Union européenne justifie sa décision par la lutte contre la désinformation et l’ingérence étrangère. Or, l’alignement quasi systématique de Bruxelles sur les priorités stratégiques françaises en Afrique interroge.

Quand une voix africaine critique la France,
c’est toute l’Union qui réagit.

Quand des intérêts africains sont fragilisés par des politiques européennes,
le débat reste feutré.

Ce déséquilibre nourrit l’impression d’un espace européen moins préoccupé par la pluralité des points de vue que par la préservation de ses alliances internes.


3. Criminaliser la dissidence géopolitique

Aucune condamnation pénale n’a été prononcée contre Nathalie Yamb.
Aucun procès public n’a démontré une activité criminelle.

La sanction repose sur une appréciation politique de son discours.

Si exprimer une vision géopolitique alternative — favorable à un monde multipolaire, critique envers l’Occident — devient un motif d’exclusion administrative, alors le pluralisme international est vidé de sa substance.

On peut contester ses analyses.
On peut débattre de ses alliances.
Mais la sanctionner durement sans jugement revient à transformer le désaccord politique en infraction symbolique.


4. Le deux poids, deux mesures

Les discours interventionnistes occidentaux en Afrique sont présentés comme légitimes.
Les discours africains contestant ces interventions sont suspectés d’“ingérence”.

Cette asymétrie alimente l’idée que la souveraineté serait à géométrie variable :
pleine et entière pour les puissances européennes,
conditionnelle pour les nations africaines.

Sanctionner une militante africaine pour avoir défendu une ligne souverainiste radicale renforce précisément ce qu’elle dénonce : une hiérarchie implicite des voix légitimes.


5. Une faute politique stratégique

En voulant marginaliser Nathalie Yamb, l’Union européenne :

  • accrédite l’idée d’un espace public européen fermé à la critique postcoloniale ;
  • renforce la défiance d’une partie de la jeunesse africaine ;
  • donne à cette affaire une dimension emblématique.

Une démocratie solide n’a pas peur d’une parole contestataire.
Elle l’affronte dans l’arène des idées.


6. Ce que signifie “Libérer Nathalie Yamb”

Libérer Nathalie Yamb ne signifie pas sanctifier toutes ses positions.
Cela signifie :

  • refuser l’incarcération déguisée et les actions extrajudiciaires
  • que des sanctions politiques remplacent le débat contradictoire ;
  • refuser que la critique du néocolonialisme soit assimilée à une menace ;
  • exiger que la pluralité géopolitique soit respectée.

La véritable stabilité ne naît pas du silence imposé,
mais de la confrontation ouverte des visions du monde.


Conclusion

Ce dossier révèle un choix politique :
préserver un ordre établi, ou accepter la contestation de ses fondements.

Sanctionner une militante panafricaniste pour son discours revient à confirmer ce qu’elle affirme :
que certaines puissances tolèrent mal la remise en cause de leur domination.

C’est pourquoi nous demandons la levée des sanctions.

Non par fidélité personnelle,
mais par exigence de cohérence démocratique.

Dr Alan Basilegpo

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