Afrique : un Discours Blanc sur Noir

Quand après l’avoir fait esclave pendant quatre siècles et colonisé pendant un peu plus d’un demi-siècle, du haut de sa violente expérience, le Blanc dit que le Noir est un grand enfant doublé d’un paresseux, celui-ci s’étonne et s’indigne. Il oublie bien vite le qualificatif de grand enfant mais ne supporte pas d’être traité de paresseux, alors que dans la tête du Blanc, les deux vont de pair.

Et le Noir rétorque :

« Si j’étais si paresseux que ça, aurais-je eu la force de travailler dans tes champs de coton ou de canne à sucre jour et nuit pendant des siècles ? Si j’étais si paresseux que ça, aurais-je servi  dans  les travaux forcés de construction de chemins de fer et routes coloniaux ? Si j’étais si paresseux que ça aurais-je servi de tirailleur dans tes entreprises coloniales ? Si j’étais si paresseux que ça, aurais-je servi de chair à canon dans tes guerres tribales pompeusement qualifiées de mondiales ? »

Et le Blanc de tenir ce discours :

« Mon petit, tu es un grand enfant et un paresseux. La paresse dont je parle est plus profonde et plus enfouie en toi que tu ne le penses. Regarde, tes ancêtres possédaient une religion avant ma venue, tu l’a laissée pour te jeter à corps perdue dans la mienne ; et aujourd’hui alors que moi-même j’ai abandonné ce jouet métaphysique obsolète, tu te vautres dans ma religion, qui est pour moi le passé d’une illusion, tu vénères mes ancêtres avec passion en abandonnant les tiens. Et cette extraversion te semble naturelle, tellement elle est enfouie en toi.

« Tu possèdes ta langue, celle que tes ancêtres parlaient avant que je ne vienne te coloniser ; mais tu laisses cette langue, pour adopter la mienne, que tu officialises au détriment de la tienne ; un peu comme si l’antilope adoptait la langue du lion, alors qu’ils n’ont ni les mêmes intérêts, ni la même culture, ni les mêmes dieux.

« Tu possèdes des richesses immenses sur ton sol et dans ton sous-sol,  auxquelles  tu peux adosser une monnaie digne de ce nom, mais tu es heureux d’utiliser une monnaie  coloniale au demeurant caduque nommée CFA. Et ça ne te choque pas ; comme ne te choque pas le fait de penser et faire penser tes enfants dans la langue d’autrui dès leur bas âge ; comme ne te choque pas le fait d’abandonner tes ancêtres pour vénérer ceux d’autrui, ceux du colonisateur d’hier et d’aujourd’hui ; car il n’y a que les grands enfants qui pensent que la colonisation est terminée.

C’est ce délaissement de soi,  ce refus de faire face à soi-même et de s’assumer, ce choix facile d’utiliser les systèmes symboliques – langue, monnaie, religion —  des autres au nom d’une universalité illusoire et trompeuse  que j’appelle paresse ; c’est pour ça que je te qualifie de « grand enfant » … Et rien ne me fera changer d’avis sinon toi-même par tes choix hic et nunc : à toi de jouer !

Adenifuja Bolaji