Les États-Unis réintègrent-ils l’Unesco pour contrer la Chine et son influence dans la normalisation de l’IA?

GÉOPOLITIQUE – Cinq ans après avoir claqué la porte de l’UNESCO pour dénoncer sous l’administration Trump des « partis pris anti-israéliens persistants », les États-Unis ont officiellement demandé leur réintégration. Washington « doit » à nouveau siéger à l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture pour ne pas laisser « le champ libre » à la Chine, premier contributeur depuis le départ des USA en 2018. « Ils travaillent sur des règles, des normes et des standards pour l’intelligence artificielle. Nous voulons être présents », a expliqué le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, en mars dernier.  

Fin 2017, les États-Unis ont annoncé leur retrait dès 2018 de l’UNESCO en signe de protestation contre la déclaration de la vieille ville d’Hébron en Cisjordanie occupée de « zone protégée » du patrimoine mondial. Un « affront à l’histoire » selon l’administration Trump, dont la décision, « courageuse et morale », avait été saluée par Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien, qui a annoncé dans la foulée le retrait de son État.  

Après avoir réadmis les États-Unis dans l’accord de Paris sur le Climat, l’administration Biden s’apprête à réintégrer cette agence onusienne. « Je souhaite vous informer, au nom du département d’État, que les États-Unis ont l’honneur de proposer un plan pour leur retour dans l’Unesco », a écrit Richard Verma, un adjoint au secrétaire d’État, dans une lettre adressée à Audrey Azoulay.

Celle-ci a vite salué la demande américaine. « Je me réjouis de cet acte fort », qui est « le résultat de cinq années de travail » de l’Unesco pour « apaiser les tensions, notamment sur le Moyen-Orient », lit-on dans un communiqué. « Si l’Unesco va bien, elle ira mieux encore avec le retour des États-Unis », a-t-elle ajouté. « C’est un grand jour pour l’Unesco, pour le multilatéralisme ». 

La politique de la chaise vide profite à Pékin 

Mais la décision de Washington de demander sa réintégration est surtout motivée par sa rivalité avec Pékin. Depuis le retrait des États-Unis en 2018, la Chine est devenue le premier contributeur de l’UNESCO avec une bagatelle annuelle de 50 millions de dollars.

L’empire du Milieu a multiplié les efforts et les initiatives au sein de l’agence onusienne, pour le transfert du Bureau international d’éducation de l’UNESCO à Shanghai ou la signature d’un accord de coopération dans le cadre de la « Belt and Road initiative », vaste projet chinois qui prévoit d’importants investissements dans des infrastructures routières, ferroviaires et maritimes pour relier la Chine à l’Europe et à l’Afrique.  

Pékin est également présente au Comité du patrimoine mondial, le groupe chargé, entre autres, de désigner les sites culturels à protéger. Un rôle aussi culturel que politique, puisque Washington avait justement claqué la porte pour contester la décision de ce comité de reconnaître la vieille ville d’Hébron comme site au patrimoine mondial. Mais il ne s’agit pas là de la principale raison pour laquelle les États-Unis ont officiellement demandé leur réintégration.  

« Au moment où les Américains avaient quitté l’organisation, ils ne s’attendaient pas à ce qu’elle demeure aussi vivante », a ajouté Audrey Azoulay. « Ils voient qu’ils perdent quelque chose en ne participant pas (…) Quand votre chaise est vide, vous n’avez pas voix au chapitre ».

Un avis partagé par Anthony Blinken, chef de la diplomatie américaine. « Lorsque nous ne sommes pas à la table pour influencer le cours de la conversation et contribuer à la définition de normes et de pratiques, quelqu’un d’autre s’y trouve. Et ce quelqu’un d’autre est probablement la Chine »

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