Populismes indiens

 Depuis l’élection au poste de Premier ministre de Narendra Modi, l’homme fort du nationalisme hindou, les discriminations contre les minorités se multiplient en Inde, et la liberté d’expression ne semble plus garantie. La démocratie indienne peut-elle résister à la montée en puissance d’une extrême droite autoritaire et xénophobe ?

Si les partis politiques porteurs de l’idéologie nationaliste hindoue, le Bharatiya Jana Sangh (BJS) de 1951 à 1977 puis le Bharatiya Janata Party (Parti du peuple indien – BJP) depuis 1980, ont oscillé entre des phases d’extrémisme et de modération [1], depuis l’élection de Narendra Modi comme Premier ministre en 2014, le BJP se situe sans aucun doute à nouveau dans une phase radicale. Qu’est-ce que cela signifie ? Comment se manifeste cet extrémisme dans le débat politique, et dans l’espace public plus largement ?
Pierre-André Taguieff propose de définir l’extrémisme de droite par son « autoritarisme dans la sphère de l’idéologie (doctrine et programme) et le recours à la violence dans la sphère de l’action. […] Autour de ce noyau dur (qu[e l’extrémisme de droite] partage avec les extrêmes gauches non libertaires), on trouve d’abord l’intransigeance dogmatique et le rêve d’un grand nettoyage révolutionnaire, puis la volonté d’instaurer un “ordre nouveau”. » [2]

Ces éléments se retrouvent, parfois en des termes un peu différents, mais de manière constante si l’on considère le discours et les actions du mouvement nationaliste hindou dans son ensemble, appelé aussi Sangh Parivar. En revanche, l’aile politique du mouvement, le BJP, les soutient et les pousse plus ou moins directement selon la période. À l’issue des deux premières années du gouvernement Modi, il est possible de faire un premier bilan d’étape de la politique nationaliste hindoue. Deux éléments en ressortent. Premièrement, de nombreux signes montrent la progression de l’emprise de l’extrême droite hindoue dans la sphère politique. Deuxièmement, le discours de l’extrême droite connaît une forme de banalisation ou d’acceptation, permise, d’une part, par le soutien du gouvernement et, d’autre part, par la disqualification des critiques les plus gênantes au nom de leur caractère supposément « anti-national ».

Pour comprendre les dynamiques contemporaines et les changements provoqués par l’arrivée au pouvoir du BJP, il est nécessaire de revenir brièvement sur l’ascension politique de Narendra Modi, puis de présenter le fonctionnement de la matrice idéologico-institutionnelle du mouvement nationaliste hindou : le Sangh Parivar. Une fois cette base posée, il sera possible de décoder plus facilement la dimension nationaliste hindoue dans les secteurs clés des politiques publiques, ainsi que de mieux saisir l’ampleur des tentatives d’imposition de l’hégémonie de cette idéologie dans l’espace public.

lire la suite

copyright5.png