Au Bénin, le cynisme politique, tel un tigre insensé est toutes griffes dehors. Il se soucie de l’éthique comme d’une guigne. Personne ne veut tenir compte de rien, surtout pas de la morale. Il n’y a pas de leçons à tirer des expériences du passé. On était censé croire que l’expérience de l’oiseau rare qui nous a échaudés devrait nous faire craindre l’eau froide des parachutages ex-nihilo avec leurs lots de catastrophes et de misères Mais nenni ! Telle une bête sans mémoire ni jugement tout le monde est prêt à recommencer la même bévue, comme si de rien n’était. Chacun n’écoutant que le cœur de son égoïsme aveugle, comme si la politique n’était pas une affaire de peuple, de collectif, mais de personnel et de l’immédiat.
L’oiseau rare Yayi s’est révélé une calamité et une honte internationale pour le Bénin. Mais aucune leçon à tirer de l’erreur qu’a constitué l’inspiration de son avènement. Toute à sa ferveur, l’oiseau rare entend persévérer dans son être, continuer à planer dans le ciel impavide d’un pays déserté par le bon sens, au-dessus de nos têtes abasourdies par la déraison et la fureur égoïste des milliardaires insatiables en quête de billions.
Yayi Boni, l’oiseau rare est mauvais. Dans n’importe quel pays de bon sens, acteurs politiques, élites et sages devraient s’asseoir autour d’une table et convenir de l’inanité du principe de l’oiseau rare, le bannir définitivement du cours de nos pensées ; décider de faire de cette idée l’exemple même de ce que nous ne devrions plus jamais faire, une source d’erreur politique et sociale à éliminer de nos mœurs politiques pour de bon.
Non, chez nous au Bénin, dans ce pays éthiquement bénin, au contraire, nous faisons comme si de rien n’était. Car la politique ce n’est pas le service du peuple souverain mais l’imposition du bon vouloir des milliardaires-voleurs, quêteurs de billions qu’ils irons fêter à Paris, le jeu des décrets léonins, le noyautage du pouvoir d’état et des opportunités économiques par une caste de profiteurs assoiffés d’honneur malsain et de lucre insolent.
Yayi Boni est mauvais mais son lieutenant et fidèle serviteur Koupaki se profile pour prendre sa place et fait passer son ambition grimaçante pour naturelle, moyennant la caution morale d’une diversion pseudo-philosophique appelée « nouvelle conscience »
Yayi Boni l’intrus, le banquier, le financier « international », l’étranger politique de 2006 est mauvais mais au lieu d’en déduire que la bancarisation de la présidence de la République, le parachutage de l’étranger politique sont les exemples de ce à quoi nous devrions absolument renoncer, nous récidivons et surenchérissons dans notre erreur, avec le cran de ceux qui, insensibles aux leçons de l’histoire et de l’expérience, sacrifient à l’empire ténébreux de leurs aveugles désirs. Au mépris de la raison et du bon sens, de l’intérêt national, nous amenons un homme encore plus banquier, encore plus étranger politique, encore plus financier international que celui dont les œuvres nous ont montré le danger que représente son espèce au sommet de l’état.
Yayi Boni est mauvais mais son bras financier historique, l’un de ceux dans les cerveaux tordus desquels a germé l’idée saugrenue de le faire venir à la tête du pays afin d’en user comme écran et cheval de Troie de leurs propres affaires, un tel opportuniste profiteur, à la faveur d’une brouille avec celui dont jadis il finançait le pouvoir scélérat, s’apprête à son tour à devenir Président ! Et la chose se murmure, se conçoit, se naturalise, s’accepte comme une possibilité à laquelle les esprits sont subtilement préparés !
Si Yayi Boni est mauvais quel sens y a-t-il au fait que nous acceptions que lui succède un homme du même acabit que lui, un homme du même genre, de la même abstraction véreuse ? Pourquoi nous sommes-nous enfermés dans le culte de l’oiseau rare, du président banquier, financier international alors qu’un président est plus près du berger que du vétérinaire ? Si Yayi Boni est mauvais pourquoi acceptons-nous que ses lieutenants, ses fidèles compagnons, ses financiers de naguère, ses compères et comparses en K.-O électoral se présentent aujourd’hui comme son remplaçant et osent nous proposer le chemin à suivre sans prendre même le temps ni le souffle du moindre mea-culpa ?
Si Yayi Boni est mauvais, comment pouvons-nous — sous prétexte qu’il serait aujourd’hui fâché avec lui –, accepter que se glisse dans le jeu politique son financier d’hier, celui par l’œuvre souterraine de qui l’inconnu Yayi Boni a pu émerger comme président de la République, lieu imprenable et inespéré à partir duquel il a pu commettre toutes sortes de crimes immondes qui ont flétri l’honneur de la nation béninoise en elle-même et à la face du monde ?
Si le Bénin entier est prêt à se laisser duper par l’opération d’acclimatation d’un étranger politique à la tête du pays, s’il est prêt à accepter le retour d’un financier international à la tête du pays ; s’il concède implicitement à ses fidèles lieutenants et soutiers d’hier et d’aujourd’hui le droit de le remplacer sans autre forme de procès, c’est la preuve que Yayi Boni, tout au moins dans son genre, n’était pas mauvais !
Adenifuja Bolaji


Il a quand même beaucoup de pseudos, Blaise Aplogan. Passons. Le mythe de l’oiseau rare a été théorisé par un acteur politique encore en activité.dOnc les Gens savent ce qu’ils font. Au delà du caractère racoleur de ce titre, disons que le problème n’est pas l’amnésie des politiques ou de l’opinion. Le problème est culturel. C’est le messianisme du quotidien qui prend de l’ampleur lors Fès élections. Il faut absolument occuper la case « messie », un peu trop ancrée ds l’esprit des gens. Si au quotidien, la population vivait dans la confiance (confiance en soi, confiance dans les règles communes, confiance dans la valeur de son travail, de son effort, etc… la logique magique (l’oiseau rare) n’aurait aucune chance de prospérer. Mais dans ce pays bizarre, tout semble être fait pour qu’on s’en remette systématiquement au miracle. Et pourtant, cette ordure de père Noël n’existe même pas.
S’il a la propriété du Blog, M. Blaise Aplogan n’est pas l’auteur de tout ce qui s’y publie. Le Groupe Bénin Libre qui est le creuset éditorial de Babilown est composé de dizaines de membres Béninois Africains, Européens, ou autres auxquels il sied de reconnaître leur autorité éditoriale.
Cela étant dit, revenons à la substance de votre réaction. Selon vous le syndrome du messie, dont l’attente serait inhérente à la mentalité béninoise, et se déclinerait au quotidien sur les plans éthique et pratique est la cause de l’oiseau rare. Sa matrice en quelque sorte ; c’est là que son œuf est pondu et couvé, que son poussin naît ; et c’est aussi de là qu’il prend son envol à chaque élection.
La thèse paraît séduisante. Mais du point de vue des mentalités, comment expliquer cette spécificité qu’a le Béninois par opposition au Nigérian, au Togolais ou au Ghanéen pour ne citer que ces pays très proches de nous où pourtant les gens ne se sont jamais avisés et ne s’aviserons jamais d’aller chercher un étranger politique pour présider à leurs destinées ? Ces pays cités ont la même sociologie, les mêmes habitudes culturelles, et sur le plan de la culture religieuse qui est le terreau des fantasmes messianiques, ils sont plus entreprenants, actifs et innovants que nous.
Le Bénin a beau être le pays du vodoun, de manière comparée, les Béninois n’ont pas le monopole de la magie. Par ailleurs la théorie de l’espérance messianique ne met pas à égalité le peuple et les élites. Ce n’est pas le peuple Béninois qui se vantait d’avoir amené Kérékou, et Kérékou n’avait rien d’un oiseau rare. En fait ce qui semble à l’œuvre au Bénin c’est cette mentalité quartier latin où une caste de gens qui ne se prennent pas pour une merde veut jouer les faiseurs de roi. A côté de l’attente messianique, il y a à mon avis quelque chose que l’on pourrait qualifier de complexe d’Ariès dont nos cadres et élites sont affectés, et qui les pousse à vouloir dicter au peuple leur volonté, et à faire de l’élection une farce jouée d’avance.
Article pertinent écrit d’une plume lucide.