KESHI, ou Quand Coach Noir Rime Avec Victoire

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Dans la plupart des clubs de foot d'Afrique, il est une habitude presque naturalisée d'engager un coach blanc. Plus que le coach noir ou africain, le coach blanc est censé être détenteur de la technique, de la rationalité footballistique, et du savoir-faire en matière d’intelligence, de stratégie et d'organisation des équipes. Ces entraîneurs blancs sont préférés à leurs homologues africains aux côtés desquels ils ont évolué en tant que joueurs, et où souvent ils n'étaient pas les plus brillants.
Qu'il existe des entraîneurs étrangers ou blancs dans quelques clubs africains peut se comprendre. Mais que l'habitude en devienne systématique, qu'on puisse penser que l'entraîneur blanc c'est le passage obligé, la condition sine qua non de la maîtrise technique et organisationnelle de nos équipes en Afrique, voilà qui relève d'une bêtise infantile, d'un complexe d'infériorité héritée de l'aliénation coloniale.
On a déplacé sur le terrain de foot–c'est le cas de le dire–le besoin de dépendance vis-à-vis du blanc qui nous tourmente dans tous les aspects de notre vie collective : symbolique, économique, sociale et politique. Sans demander ce que nous gagnons dans ce type de renoncement vicieux, qui traduit notre mépris de nous-mêmes. Pendant ce temps, le blanc–souvent ancien colonisateur– sait ce qu'il gagne. Profitant des effets de masse du spectacle de foot, il imprime dans nos subconscients le fait incontournable de sa supériorité, notre dépendance vis-à-vis de son intelligence tenue pour supérieure, de son savoir et de sa technique. Sa prééminence, et notre état de grands enfants que nous tenons pour une insulte mais qu’ hélas nous sommes les premiers à illustrer.
Si dans les autres domaines de la vie humaine on avait des doutes ou des circonstances atténuantes sur la manière dont les choses se passent en Afrique, sur le fait que l'héritage colonial à créé des distorsions dont nous avons du mal à nous défaire, cette tendance paresseuse à confier nos clubs de sport yeux fermés et tête baissées à des blancs en lieu et place d'africains pourtant tout aussi compétents, prouve bien le contraire. Elle prouve que nous n'avons pas confiance en nous-mêmes ; que nous croyons à notre infériorité. Une telle croyance est pourtant nuisible à notre espoir de redressement. La condition du progrès résidant dans l'autonomie politique et mentale.
Certes le fait de faire appel à des coachs blancs de façon systématique en Afrique a d'autres fonctions sociales et politiques dans des nations où tout est prétexte à division. Dans ces conditions, le blanc apparaît comme l'arbitre de nos dissensions, de notre incapacité à nous prendre en charge, à nous accepter et à vivre ensemble.

Mais l'Assomption de l'autonomie dans la victoire n'est-elle pas une raison forte d'unité ? C'est ce que vient de prouver le Nigéria avec la victoire des GREEN EAGLES à la CAN 2013, sous la direction d'un … nigérian !
La fierté des nigérians avec cette victoire est de ce fait double. Comme tous les vainqueurs, les Nigérians sont fiers d'avoir gagné ; mais ils le sont d’autant plus que cette victoire porte le nom d'un des leurs,  Stephen KESHI, un des rares entraîneurs africains, et certainement le premier noir à conduire son équipe à la victoire dans cette compétition africaine de haut niveau.
Cela mérite notre admiration. Bravo pour le Nigéria qui, une fois n'est pas coutume, nous montre un bel exemple de la nécessité d'autonomie et de confiance en nous-mêmes. Bravo pour Stephen KESHI d'avoir gagné ce pari !

 

Qui est Stephen KESHI ?

Stephen Okechukwu Keshi (né le 31 janvier 1962 à Lagos) est un entraîneur et ancien footballeur international nigérian (64 sélections – 9 buts).

 

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Keshi joueur était défenseur central. Il était surnommé « Big Boss ». Il a joué avec les Super Eagles durant la coupe du monde 1994 et

a remporté la Coupe d'Afrique des nations la même année. Côté clubs, il a passé 4 saisons à Anderlecht, remportant un titre de champion de Belgique en 1991 et 2 coupes de Belgique en 1988 et 1989. Il a ensuite porté les couleurs du RC Strasbourg de 1991 à 1993. Il a également joué aux États-Unis et en Malaisie où il achève sa carrière de joueur en 1997.

Devenu entraîneur, il entre dans le staff des Super Eagles, mais pas en tant qu'entraîneur principal. C'est à la tête du Togo qu'il fait ses preuves en qualifiant à la surprise générale ce petit pays pour la phase finale de la coupe du monde 2006. Mais il ne dirigera pas le Togo en Allemagne. Il est remplacé par Otto Pfister après l'échec rencontré lors de la CAN 2006. Il est nommé entraîneur de l'équipe nationale du Mali le 2 avril 2008. Après des résultats décevants à la CAN en Angola, Keshi est limogé par la fédération malienne début 20101.

Après un bref retour à la tête du Togo, il devient le sectionneur de l'Equipe du Nigéria en novembre 2011. Il mène l'équipe à la victoire lors de la coupe d'Afrique des nations 2013. Il est le deuxième Africain à remporter le trophée continental en tant que joueur et entraîneur, après l’Égyptien Mahmoud El-Gohary.

Carrière de joueur

• 1977-déc. 1979 : ACB Lagos

• 1980-1984 : New Nigerian Bank

• 1985 : Stade d'Abidjan

• 1986 : Africa Sports

• avr. 1986-1987 : Lokeren

• 1987-1991 : Anderlecht

• 1991-1993 : RC Strasbourg

• 1993-1994 : RWD Molenbeek

• 1995 : CCV Hydra

• 1996 : Sacramento Scorpions

• 1997 : Perlis

Carrière d'entraineur

• avr. 2004-fév. 2006 : Equipe du Togo

• fév.2007-mars 2007 : Equipe du Togo

• avr. 2008-jan. 2010 : Equipe du Mali

• mars 2011 : Equipe du Togo

• nov. 2011-fev. 2013 : Equipe du Nigéria

Binason Avèkes

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Un commentaire

  1. Réflexion pertinente, cela va sans dire. N’empêche, reconnaissons-le, les entraîneurs expatriés – comme on les appelle – ont haussé d’un cran le niveau du football en Afrique. Mais l’heure est effectivement venue d’ouvrir le rideau à davantage de Keshi car il y a maintenant un vivier d’anciens sociétaires africains ayant fait leurs preuves sur tous les stades du monde et à même de transférer leurs acquis à leurs jeunes compatriotes…,

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