La Moutarde et la Rhubarbe, Marché Géopolitique de l’Occident en Afrique

Ce que Cache le Déboulonnement de la Statue de l’Homme Fort en Afrique

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Dans les affaires de Libye et surtout de la Côte d'Ivoire, il est certain qu'il s'est passé un échange de bons procédés entre les États-Unis de Obama et la France de Sarkozy. Sur le mode du « tu me passes la rhubarbe, je te passe la moutarde ». Les Etats-Unis ont saisi une occasion rare de manipuler la France ( jusque-là toujours rebelle à ses stratégies de domination géopolitique et économique du monde) à travers le personnage agité et intellectuellement contrarié de Sarkozy, car tout autre président français moyen y aurait regardé par deux fois avant de s’engager dans un tel marché. De son côté et en contrepartie, la France a exploité à son profit un positionnement américain et une conception chère à Obama selon laquelle l'Afrique a moins besoin d'hommes forts que d'institutions fortes.
Mais cette conception se discute. C'est une conception éminemment démocratique qui vaut encore et surtout pour les pays développés où le niveau d'instruction est élevé, et où la rationalité légale ainsi que la culture démocratique s'expriment et se développent dans une relative autonomie. Dans ces pays, comme dans un avion à pilotage automatique, les institutions jouent un rôle de premier plan dans le fonctionnement de la démocratie, au service du progrès, du respect des libertés et les droits humains.
Mais en Afrique où sévissent la pauvreté et la misère,  où le niveau d’instruction est notoirement bas, et l’analphabétisme à tous les étages, la société a besoin d'un lien et d'un liant fort incarnés dans une personne, une figure charismatique pour la guider. L'influence coloniale qui a engrossé nos systèmes symboliques continue de s'imposer aux mentalités. Or on ne peut pas faire confiance à cette influence pour conduire les sociétés africaines vers le bon port des intérêts africains bien compris. Toutes ces données et réalités impliquent et appellent l'utilité d'une figure de Père de la Nation, homme fort qui en Afrique a valeur de symbole et derrière lequel s'unit le peuple éclairé par la conscience de ses intérêts, en tant qu'ils sont opposés à ceux de ses exploiteurs historiques–ceux qui naguère l'avaient mis en esclavage massivement et durant quatre siècles bien comptés, puis le colonisèrent implacablement pendant un siècle au nom d'une civilisation hypothétique –et qui continuent encore aujourd'hui de lui imposer leur domination économique qui se cache derrière la bonne volonté du discours démocratique, prétextes fallacieux d'une domination politique rationalisée. Après tout, à niveau de développement économique et intellectuel égal, l'Occident qui donne aujourd'hui des leçons de démocratie à l'Afrique était-il aussi démocratique qu'il l'exige aujourd'hui en Afrique ? Les Hitler, Mussolini, Pétain et autres dictateurs fascistes du XXe siècle européen et même avant eux toute la clique des despotes éclairés n'étaient-ils pas à la tête de sociétés autrement plus avancées que ne le sont les sociétés africaines aujourd'hui qu'une croisade idéologique aux intentions matérialistes cousues de fil blanc pousse à tue-tête à une démocratie de façade qui ne tient pas compte des réalités et des intérêts bien compris de l’Afrique ?
Ce n'est pas vouloir faire une fixation sur l'idée de l'homme fort que de mettre en doute le bien-fondé de l'option démocratique en elle-même, notamment de la part d'une ancienne puissance coloniale, encore acti-

 

 

vement en plein braconnage sur ses terres et prés carrés coloniaux. Que la France ait convaincu l'Amérique de Obama–un président dont on nous dit qu'il est noir–de chasser  Gbagbo du pouvoir en Côte d'Ivoire, n'empêche pas de voir que c'est la France, à travers Ouattara qui revient en force dans un pays soi-disant indépendant. Pourquoi Obama et l'Amérique n'ont pas pesé sur le risque pour l'indépendance des noirs et les nations africaines avant de donner leur aval à ce marché exécuté sans vergogne ni scrupule sous la frauduleuse bannière de la démocratie ?
Sans doute que chacun pense à ses intérêts. À travers ce marché, Obama accorde à la France son retour en force en Côte d'Ivoire, 50 ans après l'indépendance tandis que la France prend les devants dans le renversement et l'assassinat du colonel Kadhafi, opération qui permet  aux États-Unis d’irakiser la Libye en saddamisant Kadhafi, avec en ligne de mire l'accaparement des puits le pétrole de ce pays.
Derrière le déboulonnement de la statue de l'homme fort et l'apologie des institutions démocratiques, se cache bien sûr un marché d'intérêts. Pendant ce temps il n'y a personne pour défendre les intérêts de l'Afrique. En effet qui dit si l'intérêt de l'Afrique passe par la mise à mort (au sens propre comme au sens figuré) de l'homme fort ? Si l'homme fort disparaît, assassiné, contrecarré, ou déféré arbitrairement devant des cours de justice soi-disant internationales mais qui en réalité ne sont que des émanations juridiques et idéologiques de l'Occident, peut-on faire confiance aux institutions mises en place de force par l'Occident au nom de la démocratie pour lutter contre les intérêts de ce même Occident en tant qu'ils s'opposent, comme c'est le cas depuis des siècles, à ceux de l'Afrique ?

Prof. Asiwaju Bolade

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