
Longtemps porteuses de sens, d’identité et de statut social, les tresses africaines authentiques sont aujourd’hui de plus en plus reléguées au second plan, au profit de coiffures standardisées inspirées de modèles occidentaux. Face à ce constat préoccupant, Rafatou Boro, ancienne enseignante béninoise originaire de Parakou et issue de la culture Batonù, a décidé de s’engager activement dans la revalorisation de cet art ancestral, convaincue que les tresses traditionnelles ne relèvent pas seulement de l’esthétique, mais constituent un véritable langage culturel.

Après plusieurs années consacrées à l’éducation formelle, Rafatou Boro a choisi une autre voie de transmission : celle du patrimoine culturel. Elle enseigne aujourd’hui l’histoire, les techniques et les symboliques des tresses africaines, en particulier celles propres aux communautés du nord du Bénin. Chaque coiffure, chaque motif, renvoie à une signification précise : l’âge, l’appartenance ethnique, le statut matrimonial ou encore la position sociale. Autant de codes que beaucoup de jeunes générations ignorent désormais. À travers des ateliers, des formations et des actions de sensibilisation, elle œuvre à restaurer la mémoire collective et la fierté identitaire liées au cheveu naturel africain.

Cette démarche prend tout son sens lorsqu’on mesure les conséquences symboliques, sanitaires et médicales de l’adoption massive des tresses dites « à l’occidentale », des mèches artificielles et des perruques. Sur le plan symbolique, ce choix traduit souvent une rupture avec l’héritage culturel africain. L’abandon progressif des coiffures traditionnelles participe à une forme d’effacement identitaire, nourrie par l’intériorisation de normes esthétiques étrangères, où le cheveu crépu est perçu comme un défaut à masquer ou à corriger.
Les tresses artificielles trouvent leur origine dans une industrie cosmétique mondialisée, développée en grande partie hors d’Afrique. Fabriquées à partir de fibres synthétiques ou de cheveux traités chimiquement, elles répondent avant tout à une logique commerciale. Leur popularisation a créé une dépendance esthétique et économique, tout en marginalisant les savoir-faire locaux transmis de génération en génération.

Les risques sanitaires et médicaux sont également préoccupants. Les mèches synthétiques peuvent provoquer allergies, démangeaisons, infections du cuir chevelu, voire troubles respiratoires liés aux substances chimiques utilisées lors de leur fabrication ou de leur préparation. Les coiffures trop serrées favorisent l’alopécie de traction, une perte de cheveux parfois irréversible. Quant aux perruques portées de manière prolongée, elles empêchent le cuir chevelu de respirer correctement et aggravent certaines affections dermatologiques.
Cette volonté de se conformer aux standards occidentaux s’inscrit dans un phénomène plus large de dévalorisation du corps africain, que l’on retrouve également dans la pratique de la dépigmentation de la peau. Dans les deux cas, il s’agit d’une quête de reconnaissance sociale au prix d’un renoncement à soi, à son identité et parfois à sa santé.
À travers son combat, Rafatou Boro rappelle que les tresses authentiques africaines ne sont ni archaïques ni incompatibles avec la modernité. Elles sont au contraire une expression vivante de la culture, un levier d’émancipation économique pour les femmes et un acte de réappropriation de soi. Revaloriser ces tresses, c’est affirmer que la modernité africaine peut s’ancrer dans ses propres racines, sans imitation ni effacement.
Bachabi Alidou
