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Lors de l’investiture du président de l’Assemblée, le 1er vice président, Éric Houndété était vêtu d’un costume local en tissu lace (dentelle) composé d’un boubou blanc, à manche cintrée et encolure brodée, et d’un pantalon assorti. Cet accoutrement peut se situer dans le style d’une tenue ethnique du sud ( ouémé, atlantique, plateau, etc.) avec une touche moderne personnalisée. Mais regardez la coiffe qu’il arbore. Il s’agit d’un chapeau typiquement haussa. Alors, on ne sait plus à quoi s’en tenir par rapport à la cohérence culturelle de sa mise. On ne sait plus à quel terroir la référer, quelle expression identitaire est ainsi et par là affirmée. Prône-t-il le métissage culturel dans sa mise ? En fait, Eric Houndété n’est pas le seul homme politique béninois du sud qui ne peaufine pas la cohérence identitaire de son discours vestimentaire. Il semble qu’au sud, les hommes politiques qui ont été à l’école et qui dans la pratique sont versés dans les tenues occidentales, lorsqu’ils veulent s’afficher ethnique dans leur mise pour les besoins de la cause spéculaire, ont une approche très superficielle de l’habillement ethnique, réalisant un assortiment de bric et de broc dont l’unité identitaire laisse à désirer. C’est comme si en Europe au nom de la tenue identitaire, un homme politique s’habillait d’un kilt écossais, d’une veste turque et d’un chapeau basque ! Alors que les personnalités du Nord sont plus regardantes sur la cohérence identitaire de leur mise. Jamais au grand jamais on ne verrait un homme politique du Nord arborant publiquement et crânement comme le fait le brave Éric Houndété un chapeau des dah aboméens sur sa tenue nordique…
Ce laisser aller ou cette indifférence à la cohérence identitaire de leur mise n’est que le reflet de leur attitude politique à l’échelle nationale. Les hommes politiques du Sud, dans leurs rapports avec les partis ou hommes politiques du Nord nouent volontiers des alliances, ou prennent en faveur de ceux-ci des positions prétendument républicaines qui ne sont jamais payées de retour… Et la raison de ces déconvenues ou dialogues de sourds est bien simple : les uns sont conscients d’eux-mêmes, de leur différence et de leurs intérêts, et les autres tels des zombies n’entretiennent aucune conscience de leur appartenance et de leurs intérêts, errent dans l’air du temps et des événements et se font les apôtres d’une fraternité sans base. Le vêtement ou plus exactement la mise vestimentaire en tant que lieu et véhicule d’un discours non censuré, projette cette différence.
Alan Basilegpo
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