Pourquoi un Humain, un Crocodile, un Chat et un Faucon Composaient la Liste des Victimes des Coutumes du Danhomè ?

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Oui, cette variété est conforme. La liste des victimes des Coutumes du Danhomè est composée d'êtres humains, d'un crocodile, d'un chat et d‘un faucon. Ces divers êtres ressortissent de genres différents : il s'agit d'un animal social–l'homme, d'un animal aquatique, le crocodile ; d'un animal de la brousse, le chat ou le félin. (Au Danhomè la panthère étant sacré c'est le chat qui le remplace) ; et enfin du faucon, un oiseau c'est-à-dire un animal des airs.
Cette diversité est sous-tendue par une certaine division de la nature, en termes biologiques mais aussi une certaine vision du monde en termes métaphysiques. Elle rend compte de la fonction des sacrifices. La croyance des Danhoméens était centrée autour du culte des ancêtres. Les sacrifices avaient pour but d'assurer la messagerie entre la vie sur terre et l'au-delà. Les victimes étaient des messagers du roi régnant, chargés de porter son message à tel ou tel de ses ancêtres, sinon tous à la fois.
Ainsi la délivrance de la commission se faisait selon la vision du monde et la division de la nature biologique propre aux Danhoméens. La victime humaine prend en charge les affaires humaines ; le crocodile est censé rendre compte de la vie dans les eaux, le chat de la vie dans la brousse, le faucon de la vie dans les airs.

 

Comme on le voit, la variété de la liste des victimes des coutumes au Danhomè avait sa cohérence. Celle-ci est en rapport avec une vision et une division du monde. Mais des considérations morales ou politiques ont exacerbé et isolé l’élément du sacrifice humain pour en constituer l'un des griefs majeurs élevés contre le royaume du Danhomè. Cette surdétermination des coutumes par l’élément du sacrifice humain n’est pas seulement un prétexte moral des conquérants occidentaux pour faire main basse sur le royaume du Danhomè, à l’orée du 19ème siècle après qu’ils en ont toléré la barbarie pendant les siècles phare de l’esclavage. Elle traduit aussi la myopie épistémologique de l’ethnocentrisme occidental qui allait de pair avec l’entreprise colonialiste

Bapé Anselme

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