Dérive de Sexualisation de la Danse par les Vedettes Africaines : une Légèreté Florissante et Douteuse

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En Afrique jadis, le corps était exposé. La danse était l’occasion d’une expression codifiée. On dansait pour les dieux, on dansait pour les cieux, on dansait pour la vie, on dansait pour transcender la mort. A certains égards, ce qu’on a appelé manque d’écriture en Afrique était une interprétation erronée du regard occidental. Si l’écriture telle que le conçoit l’Occident a fait défaut pendant une certaine période, bien d’autres systèmes, au demeurant intégrés la palliaient. Et la danse faisait partie du système d’écriture et d’expression corporelle de l’Afrique Noire. Les corps étaient nus jadis, ils se contorsionnaient, se trémoussaient, ils se rétrécissaient, s’ouvraient ; ils suaient, bougeaient et respiraient la vie. Par la médiation rythmée du corps, les deux sexes entraient en effusion vitale. Mais jamais le regard n’était fixé sur l’intention sexuelle ; d’autant moins que, loin du regard lesté de culpabilité judéo-chrétienne, le regard africain sur le corps était un regard d’extase, de joie, de communion et de communication vitales.




Quand le Blanc est arrivé, dans ce mouvement de la vie, il n’a vu que du sexe, de la luxure, le feu torride du diable. Dans les images qui nous viennent de la période coloniale et dont les auteurs étaient des Blancs, on remarque cet cet arrêt devant les corps, notamment les corps de jeunes filles pubères.



Pour les Blancs, les gestes, les rapports, les expressions corporelles mis en jeu au cours de nos diverses danses ne pouvaient qu’être d’inspiration sexuelle. Pour eux, cela ne faisait l’ombre d’aucun doute. Et cette certitude a été élevée au rang d’une vérité génératrice à son tour d’images, de lieux communs, de préjugés et d’évidences qu’ils nous ont inoculées. Et ce dont nous n’étions pas conscients parce que tout simplement inexistant pour nous, nous est renvoyé en miroir par la perversité tenace du blanc : à travers le prisme réducteur et violent de sa civilisation consumériste qu’il a imposée au monde, à travers le seul rôle sérieux qu’il accorde aux Africains, rôle d’experts corporels( sport, danse, chant), rôle d’amuseur des races supérieures ; et nous nous en sommes joyeusement appropriés sans demander notre reste. Et comme des singes, nous avons commencé à agir selon la perception que le Blanc se fait de nos expressions corporelles primitives, la perception inhérente à l’économie de ses fantasmes. Et maintenant, dans une logique de violence symbolique, l’Africain revendique spontanément comme son exclusive caractéristique et sa raison d’être, la fixation sur l’élément sexuel comme le sens profond de la danse.




Cette appropriation intériorisée du regard incident de l’Occident sur nous est maintenant devenue le fonds de commerce sinon la matière première des chorégraphies africaines modernes ou de tous ceux qui se réfèrent à l’Afrique : de Michael Jackson à la musique congolaise moderne.
Et pourtant, sans vouloir verser dans la nostalgie de l’âge d’or, nos ancêtres n’étaient pas des obsédés sexuels comme la danse africaine standardisée moderne à la sauce occidentale tend à le faire croire. Nos ancêtres communiquaient, communiaient, écrivaient s’exprimaient dans et par le corps mais jamais dans leur esprit, l’obsession sexuelle et la provocation à visée commerciale, cette dérive de la pornographie en transe tarifée, n’était leur préoccupation. Dédiés aux dieux et à la vie, jamais d’ailleurs, la danse et son corolaire, la musique, n’étaient conçus comme un produit commercial.
Il est urgent que l’Afrique s’arrache au poison de la dénaturation de ses valeurs, du sens profond de ses institutions et de sa mémoire. Il y va de notre survie, de notre dignité et de notre liberté.
Beatrice Akoueteycopyright5

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