Crise Politique Béninoise : Quand est-ce que l’Afrique Consentira à Séparer le Bien du Mal

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Quelques années avant et après les  indépendances,  le paysage de la classe dirigeante africaine était honorable. Il était composé d’hommes dont les Africains pouvaient être fiers. Des hommes courageux, visionnaires et combattifs. Mais les Européens qui n’avaient octroyé ces indépendances que sous l’effet du traumatisme moral de la seconde guerre mondiale, n’entendaient pas la chose de cette oreille et n’avaient de cesse de revenir très vite à la charge. Pour eux, l’indépendance n’était qu’une kermesse provisoire, un beau moment d’hypocrisie politique,  le temps que le traumatisme moral de la guerre se dissipe.

Aussi, peu à peu, une implacable épuration du paysage politique africain s’était mise en marche, notamment dans la zone francophone où la possession de colonies était source d’honneur, de grandeur et de fierté pour la France de se compter parmi les grands de ce monde – car contrairement  aux autres puissances européennes qui avaient hérité de vastes colonies de peuplement aux Amériques, la France avait abdiqué aux siennes ou si peu investi dans ce continent qu’elle  n’avait que l’Afrique à se mettre sous la dent.

Les uns après les autres, les dirigeants africains de valeur et de référence  furent éliminés. Cette élimination prenait les formes d’assassinats, de déchéances, de coups d’État, etc… Certains évincés, accablés de solitude et d’isolement tombaient malades et trouvaient une mort précoce. Cette épidémie d’élimination, qui a surtout démarré avec force aux lendemains des indépendances, très marquée dans  l’espace francophone,  s’est étalée sur plusieurs décennies. Les victimes avaient nom : Patrice Lumumba du Congo Kinshasa, Sylvanus Olympio du Togo, Barthélémy Boganda de la Centrafrique, François Tombalbaye du Tchad, Ruben Um Nyobé du Cameroun, Murtala Mohamed du Nigeria, Thomas Sankara du Burkina Faso, et plus récemment encore Muhammad Kadhafi de Libye.

Ajouté à cela, des morts collatérales comme celle de Kwame Nkrumah suite à sa déchéance, celle de Gamal Abdel Nasser frappé par une crise cardiaque au plus fort de son action de redressement national inspiré par le panafricanisme.

Le but de cette épuration du paysage politique de l’Afrique férocement conduite par  les puissances occidentales – la France en tête – est de donner une cohérence philosophique à l’existence des États africains, cohérence dont le principe voudrait que des territoires qui avaient été conquis et délimités par les Occidentaux continuassent d’être dirigés sinon par des gouverneurs métropolitains, du moins par leurs substituts  africains entièrement dévoués. L’application de ce principe, en l’espace de quelques décennies, a laissé l’Afrique exsangue de tout dirigeant de valeur et de référence, incarnant comme à l’aube des indépendances l’espoir de tout le continent africain, la résistance à sa domination et à son aliénation, ainsi que la vision de son unité et de sa prospérité dans le concert des nations.

Évidemment, le but de l’épuration était la mise en place d’un personnel politique aux ordres, qui était le contraire éthique et technique de ceux qui avaient été éliminés. Et les Occidentaux n’ont eu de cesse que, dans la plupart des États africains, les chefs ne soient des renégats, des corrompus, des satrapes et des assassins de leurs propres peuples, à la seule condition qu’ils leurs fussent dévoués corps et âme. Et pour masquer le spectacle que cette Afrique émasculée,  aliénée et politiquement dépossédée d’elle-même offrait au monde – famines, guerres, immigrations, épidémies, etc. – l’opinion mondiale, en guise de distraction, avait droit à la mise en vedette de Présidents africains poètes-académiciens-grammairiens, des constructeurs d’éléphants blancs, des  réplicateurs de la basilique Saint-Pierre de Rome, des chantres de l’Authenticité africaine, etc…, bref une comédie d’aliénation pathétique qui cachait mal le triste spectacle de l’Afrique. C’est aussi dans cette catégorie du trompe-l’œil qu’il faut paradoxalement classer un Nelson Mandela dont l’héroïsme exemplaire a été récupéré et magnifié à condition et dès lors que sa politique mesurée et prudente épargnât les intérêts du capitalisme blanc au détriment des masses noires d’Afrique du Sud dont la condition, au-delà du one-man-one-vote, n’avait pas connu une mutation radicale. Cette récupération subtile de la geste de Mandela saute aux yeux lorsqu’on voit la manière brutale et sans ménagement dont l’Occident a contribué à écarter son successeur, Thabo Mbeki, jugé trop africaniste et socialiste à son goût. Il est vrai que, compte tenu de l’histoire spécifique de l’Afrique du Sud présente dans la conscience du monde, il ne fallait pas utiliser les mêmes méthodes d’élimination létale pratiquées ailleurs sur le continent.

Le résultat de la férocité de l’épuration est que, dans la quasi-totalité des États africains, la médiocrité, le vice et le mal ont pris la place de l’Excellence, de la Vertu et du Bien. Comment saurait-il en être autrement lorsque, à la tête des États, les hommes vertueux, patriotes et compétents sont méthodiquement éliminés et remplacés depuis plusieurs décennies  par des criminels, vicieux et incompétents ? Des gens qui ont nom : Compaoré, Houphouët, Gnassingbé, Bongo, Biya,  mais aussi, Kabila, Nguesso, Ouattara, etc…pour ne citer que cette tourbe infecte de dirigeants au service des intérêts et du mal français.

La conséquence de ce régime du mal imposé à l’Afrique par l’Occident à coup d’assassinats, de coups d’État, de divisions fratricides, de guerres civiles voire de génocides a été dévastatrice sur le plan social et moral. En l’espace de quelques décennies, l’Afrique a perdu le reste de repères moraux et de références des valeurs qui avaient pu survivre à la colonisation. Elle a perdu tout fondement du Bien, de l’Espérance et de la Dignité. Même dans les pays intermédiaires à faible enjeu géopolitique plus ou moins épargnés par les fureurs de la voracité occidentale, le mal s’est diffusé souvent d’une manière plus vicieuse qu’ailleurs. Dans ces pays dont le Bénin est un exemple, le mal prend le visage du bien sur fond d’une complaisance amnésique collectivement entretenue. Dans le désert de référence axiologique et éthique qui résulte des compromissions, des lâchetés et des abus d’une classe dirigeante égoïste, les médiocres, les corrompus, les assassins, les violateurs de la constitution font figure de héros. Une logique d’amnésie volontaire se met en place qui transmue l’ex-dictateur en sage épris de paix, l’ex-violateur de la constitution en Démocrate, l’ex-corrompu en vertueux, l’ex-criminel en législateur.

Dans cette dérive éthique généralisée, toutes les consciences sont déboussolées. A force de mentir aux autres, toute une société finit par mentir à elle-même. Les assassins, les criminels, les corrompus, les prévaricateurs, les pédophiles, les antipatriotiques, les satrapes, à force de recevoir l’onction du masque social de la dénégation finissent par croire à leur sainteté ; et dans le feu de ce carnaval qui tient lieu de vie politique, ils n’hésitent pas à faire la morale aux criminels comme eux qui ont seulement la témérité ou la naïveté de se passer de masque.

Par cette accoutumance au mal qui le transmue en bien, d’une manière pathétique, on revêt d’un manteau d’honorable le premier criminel venu et on en fait le phare de la sagesse et du Bien. C’est ce qu’il se passe dans les gesticulations africaines auxquelles donne lieu la crise politique béninoise actuelle. Au début de cette crise, on  a vu Yayi Boni faire appel à Buhari. Mais qui est Yayi et qui est Buhari d’un point de vue éthique ? Après les simulacres d’élections du 27 avril 2019 boycottées par plus de 80% des Béninois, et surtout après les événements des 1er et 2 Mai où l’armée a tiré à balles réelles sur des manifestants dont certains on perdu la vie et d’autres sont blessés, le gouvernement Béninois a envoyé des émissaires chez Ouattara en Côte d’Ivoire et Chez Nguesso au Congo. Mais qui est Ouattara et qui est Nguesso ? Certainement pas des parangons de l’éthique et de la dignité africaine. Le premier est un homme que les Africains épris de dignité et de fraternité devraient vomir et que l’Afrique consciente devrait effacer des annales de son histoire pour son égoïsme bestial et le parti du service de l’étranger qu’il assume sans états d’âme. Le second ne mérite pas d’avantage la considération de l’Afrique car si son zèle au service des intérêts étrangers n’a pas connu les mêmes répercussions dramatiques que celui du premier, il ne le cède en rien aux ressorts égoïstes qui le motivent. De plus, si le conflit ivoirien dont Ouattara  est l’un des protagonistes avait pour enjeu la défense de la Démocratie – et ce sans préjudice de la sincérité de ses motifs et moyens – Monsieur Nguesso, ce kleptocrate et criminel aux mains gantées de sang qui n’a pas craint, sous la houlette féroce de la France, de déposer par les armes un gouvernement démocratiquement élu, Monsieur Nguesso, qui fait tout pour s’éterniser au pouvoir, n’a rien d’un Démocrate.

Or, ce sont ces deux hommes, érigés en démiurges diplomatiques, dont les parties prenantes à la crise politique béninoise – gouvernement et opposition – se disputent la grâce de la médiation, sans doute au titre de leur position éminente au sein de la Françafrique. Cela donne une idée accablante de jusqu’où l’Afrique est tombée bien bas dans les profondeurs du désert moral suite à l’épuration de son paysage politique conduite par  les puissances occidentales.

Si aujourd’hui, au lieu d’être éliminés, il y avait des héritiers de Patrice Lumumba, de Thomas Sankara, de Sylvanus Olympio, mais aussi de Nelson Mandela ou du Colonel Kadhafi en bonne santé politique dans leur pays et leurs émules dans d’autres pays d’Afrique, M. Soglo qui passe pour l’un des dirigeants africains les moins inféodés à la Françafrique aurait peut-être eu l’embarras du choix dans ses consultations diplomatiques pour résoudre la crise béninoise. Mais le fait que ce contempteur de la Françafrique, n’ait le choix que d’aller prendre langue avec deux de ses représentants éminents en dit long aussi bien sur la crise que sur le désert éthique de l’Afrique.

Adenifuja Bolaji


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Un commentaire

  1. L’Afrique à la recherche de vrais leaders!
    L’histoire des grandes civilisations passent par des hauts et bas, donc l’espoir est encore permis;
    Que Dieu sauve l’Afrique!

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