Lettre à mon Ami Kɔjo sur la Résurgence du Culte de l’Oralité et l’Esclavage dont il Refait le Lit

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Mon Cher  Kɔjo,

Tu me dis que tu ne vois pas le rapport entre  l’idée de recul,  d’analyse et le culte de l’oralité dans lequel se vautrent passionnément les nôtres. Ceux qui ne valorisent pas la pensée abhorrent l’idée de recul  ; ils sont toujours dans l’immédiat et fuient toute médiation symbolique structurée ; or  et pour reprendre les termes du sociologue français Pierre Bourdieu, l’écriture est une « structure structurée et structurante »

A ces gens-là, il ne faut surtout pas parler de lecture, d’histoire, du passé, ou d’un ailleurs incertain ou abstrait.  Leur préférence va à l’actualité, à l’ici et maintenant. Et le moyen de communication qu’ils valorisent est la parole, l’échange direct qu’il soit verbal, graphique ou écrite, médiatisé par les outils modernes que sont le téléphone, ou certaines applications comme Whatsapp, Skype, Viber, etc… C’est ainsi qu’il faut comprendre la culture de forum qui fait rage de nos jours, portée par les nouveaux média.  Car, il ne faut pas s’y tromper, même les formes écrites de l’échange  verbal ont leur préférence, dans la mesure où elles offrent toutes les caractéristiques du bavardage dont l’idéaltype est la conversation parlée.

Enfin, mon cher Kɔjo, si  en tant qu’écrivain, journaliste, philosophe ou même  conteur, vous leur proposez un sujet qui n’est pas actuel dans l’espace ou le temps, c’est-à-dire qui n’est pas d’ici ou de maintenant cela ne les intéresse pas, et vous faites figure à leurs yeux d’extraterrestre.

Cela étant dit, là où je te rejoins, c’est qu’il faut dire à leur décharge que chez ces gens-là, outre le cas des Africains où l’héritage atavique du vide d’écriture sur de longs siècles a une gravité tenace  et résurgente, il y a bien une cohérence dans cette attitude face à l’idée de recul ou de médiation symbolique structurée. En effet, celui qui déteste l’écrit et la lecture ne peut qu’être dans l’immédiat, et donc par conséquent se prive de toute possibilité de recul et d’analyse sur le réel.

Le seul problème, mon cher Kɔjo, est que je vois mal comment cette attitude stérile et primitive peut défier l’esclavage et la domination dont il a fait le lit naguère.

Kofi Azan

 

 

L’illettrisme de l’Inspecteur Général de la Police nigériane exposé à Kano lors d’un discours où de « transmission en transfusion », il s’est englué dans la confusion  la plus lamentable. Du Président Buhari au dernier des hommes nommés par lui dans son régime cet illettrisme est du reste la chose la plus partagée.

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