È̩rù et È̩rú, Conte d’un Petit Pas Tonal

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Le yoruba est une langue dont le degré de tonalité est très élevé. Une légère différence de ton peut transformer un mot ou un concept en son contraire. Le conte qui suit en donne l’exemple, puisque son essence et sa chute sont basées sur la différence tonale entre deux mots  :  È̩rú, et È̩rù. Le premier, È̩rù, veut dire bagage, colis, objet, biens, marchandises ( l’équivalent de agban en fon) et le second, È̩rú, veut dire esclave. Entre le bagage et l’esclave, il n’y a qu’un pas : le pas tonal.

C’est l’histoire d’un riche propriétaire agricole qui possède une grande famille,  beaucoup de femmes et des esclaves. Parmi ses esclaves il y en a un seul qu’il aimait et qu’il fit  chef des autres. Avant de mourir, il fit savoir dans un testament oral que son esclave hériterait de tous ses biens, sauf un qui reviendrait en priorité à son fils aîné. Après sa mort,  les chefs de famille s’unirent pour décider de l’héritage. C’est alors que de la pertinence du choix de l’aîné dépendra tout le sens du verdict de son père. D’où aussi l’explication du sens d’un proverbe : « èni to l’È̩rú l’o l’È̩rù »…

Ayodele Babatope

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