Publié dans Débat, Essai

Affaire Weinstein en l’Afrique : Tics, Éthique et Bonne Volonté Mimétique

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Les Africains, on le sait sont toujours prompts à montrer qu’ils sont  à la page, à vouloir faire les mêmes choses que les Blancs, les Occidentaux, même si leur mimétisme n’est que de surface. Par exemple, nous sommes censés avoir comme eux l’usage du courant électrique mais la fourniture  en est épileptique ; nous sommes censés avoir l’usage du téléphone portable, mais nous n’avons pas de réseau fiable ni d’abonnement mensuel comme c’est le cas en Occident ; nous avons des voitures et aimons nous pavaner dans de grosses marques, qu’elles soient venues de France ou d’ailleurs, neuves ou d’occasion, mais nous n’avons pas de route ni de carburant limpide…

Ce mimétisme simiesque absurde et grimaçant qui nous définit toujours dans nos rapports avec l’occident est l’une des sources du mépris que nous leur inspirons ; mais peu nous chaut. Notre jeunesse, nos médias, nos politiques sont à l’affût des dernière nouveautés venues d’Occident, des moindres tics des Blancs, à copier, à reproduire pour se donner le sentiment illusoire et la fausse légitimité d’exister. L’imitation du Blanc est notre cogito, en même temps que notre limitation volontaire ; j’imite le Blanc, donc j’existe. L’imitation du Blanc nous procure l’illusion  d’être et de faire les choses comme tout le monde, comme l’accordéon est le piano du pauvre.

D’autres peuples imitent, mais en toute responsabilité et selon des objectifs clairs et déterminés. Ceux-là finisseent par s’approprier la technologie de l’objet de leur imitation,  la dépasser et montrer au monde que leur imitation n’a pas été simiesque ni une grimace sans rime ni raison.

Or donc voilà tout à coup que le Noir se refuse ponctuellement à imiter le Blanc ! En effet, depuis quelques semaines l’affaire Weinstein défraie la chronique en Occident, et leurs médias sont devenus l’espace d’expression cathartique des tribulations sexuelles des femmes dans leurs rapports sociaux avec les hommes. Il est question souvent d’agressions sexuelles, de viols, de chantages, de harcèlements, etc. Bref toute la panoplie  des pièges, contraintes et violences machistes inhérents à une société normale comme le dirait Durkheim, le père de la sociologie française.

Or, curieusement, ce tollé occidental n’a produit aucune réplique en Afrique ! Dans la presse et la société politique établie, c’est un silence de cimetière qui répond à l’émoi qui fait rage en Occident. Pour une fois l’Afrique ne dit plus « Et moi ? Et moi ? Et moi ? ». Est-ce parce que ces pratiques qui heurtent la morale, le droit et la sécurité des femmes en occident actuellement sont si naturelles et ancrées dans nos mœurs à un niveau de généralité si avancé que nous n’osions pas en parler ? Est-ce parce qu’elles sont la règle et l’évidence éthiques que nous nous taisons là-dessus et faisons comme si de rien n’était ? Ou bien peut-être nous sommes miraculeusement guéris de notre ivresse de mimétisme des Blancs. Dans cette dernière hypothèse l’affaire Weinstein marquera un nouveau départ dans notre rapport au monde occidental, pour ne pas dire au monde tout court.

Alan Basilegpo

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3 commentaires sur « Affaire Weinstein en l’Afrique : Tics, Éthique et Bonne Volonté Mimétique »

  1. Babalao, n’a pas eu l’écho des gabonaises sur les NST (Notes Sexuellement Transmissibles).
    C’est un début!

    MAK

    1. Bonjour MAK,
      Le concept de NST, à ma connaissance existait avant l’affaire Weinstein ; même si son évocation dans le cas gabonais est récente, il ne saurait être considéré comme une réplique médiatique en bonne et due forme de la cathartie collective en cours actuellement en Occident autour de l’affaire Weinstein…

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