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Entre le Maroc et le Nigeria, Notre Choix est Clair — par Owei Lakemfa¹

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La conférence a décidé que si par un subterfuge quelconque, le Maroc venait à être admis dans la CEDEAO, il y aura une mobilisation massive des Nigérians pour retirer leur pays de la CEDEAO et expulser l’organisation et son secrétariat du Nigeria.


Suite à la réunion de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest vieille de 42 ans (CEDEAO), en Décembre, en vue de décider de la demande controversée du Maroc d’y adhérer, un forum public a eu lieu à Abuja, pour en débattre.

Organisé par le Centre pour la Démocratie et le Développement (CDD), avec le soutien de l’institut Friedrich Ebert Stiftung, il a attiré des diplomates, des dirigeants syndicaux, des intellectuels, des militants de la société civile, des responsables de la CEDEAO et de la communauté internationale. La directrice du CDD, Mme. Idayat Hassan, a donné le ton en soulignant que la CEDEAO passait d’une «CEDEAO des nations à une CEDEAO des peuples». Et, l’un des points forts de sa déclaration, c’est le fait que le Maroc est une dictature monarchique.

Le président de la Commission de la CEDEAO, Marcel A. De Souza, par la voix de son représentant le Dr Babatunde Idowu, a déclaré que la CEDEAO a eu beaucoup de réalisations, ce qui la rend attractive, tout en ajoutant que la demande du Maroc de rejoindre l’organisation peut être analysée dans ce contexte.

Le docteur politologue Adewale Aderemi a soutenu que l’économie ne peut pas être la base d’une admission du Maroc, qui du reste, en Afrique,  est classé sixième, alors que le Nigeria est la plus grande économie du continent. L’économie marocaine, selon lui, est très faible, car elle est non seulement agraire, mais aussi ploie sous un chômage massif et d’énormes dettes. Il a déclaré que les principaux partenaires commerciaux du Maroc sont la France, l’Union Européenne et l’Espagne, et il est peu intéressant pour le commerce ouest-africain, alors que son bénéfice pour la CEDEAO risque d’être assez marginal. Le Dr Aderemi a expliqué que le phosphate que vend le Maroc est comme du diamant de sang, puisqu’il est pris de force du Sahara occidental, le pays africain qu’il colonise.

L’intellectuel a soutenu que les deux motifs du Maroc de vouloir rejoindre la CEDEAO sont le rôle de ludion de son ancien maître colonial, la France, et sa volonté d’en découdre avec le Nigeria pour son attachement au principe de l’indépendance du Sahara occidental.

M. John Odah, secrétaire de l’Organisation des syndicats de Afrique de l’Ouest (OTUWA), a souligné que l’un des principes fondamentaux de l’Organisation de l’unité africaine, maintenant Union africaine (UA) était la décolonisation du continent. Le Maroc, a-t-il soutenu, ne saurait être le bienvenu à l’UA tant qu’il la défiera encore en colonisant le Sahara occidental.

Dans mon exposé, j’ai soutenu que la déshumanisation des Sahraouis par la monarchie marocaine n’est pas différente de la déshumanisation des Africains par le régime de l’Apartheid. Je me suis référé à la condamnation de 24 Sahraoui le 19 juin 2017 à entre  20 ans  et la prison à perpétuité par le Maroc, pour avoir exprimé leurs demandes de liberté. J’ai souligné que le Maroc est le seul pays au monde que je connaisse, qui déporte ses citoyens, comme cela  a été le cas de la militante de libération sahraoui, Hajia Aminatu Haidar. Que, malgré ses atrocités au Sahara Occidental et contre son propre peuple, le Maroc n’a été sanctionné ni par les Nations Unies, qui ont une mission, la Mission des Nations Unies pour le référendum au Sahara occidental (MINURSO) au Sahara occidental, ni par aucun des pays occidentaux qui sont forts en parole sur les droits de l’homme.

J’ai condamné l’UE pour avoir conclu des accords avec le Maroc en vue d’exploiter les ressources sahraouies en soulignant que l’Occident faisait jadis la même chose pour soutenir l’apartheid et déclarer des combattants de la liberté comme Nelson Mandela comme des « terroristes ».

J’ai soutenu que le Maroc n’est pas admissible à adhérer à la CEDEAO parce que sa demande viole le Traité de la CEDEAO, qui stipule que l’organisme est principalement destiné à promouvoir l’intégration de l’Afrique de l’Ouest dans une «union économique».

A ceux qui peuvent prétendre que le Maroc a des ressources qu’il peut apporter à la CEDEAO, j’ai déclaré que, puisque la Chine et les États-Unis disposent elles aussi de plus de ressources, la CEDEAO pourrait bien les inviter à y adhérer plutôt qu’une dictature qui serait un boulet économique, culturel et politique. J’ai souligné que le Maroc appartient déjà à l’Union du Maghreb Arabe (AMU), dont il abrite le secrétariat à Rabat, au Maroc ;  l’AMU est devenue moribonde en raison de la propension agressive du Maroc, qui est en perpétuel conflit avec la plupart de ses voisins.

Le professeur et historien Issac Olawale Albert a souligné que le monarchisme du Maroc ne peut pas entrer dans la démocratie de l’Afrique de l’Ouest, ajoutant que son entrée sera source de division car elle entretiendrait le clivage entre les francophones et les anglophones. Il a également averti qu’alors que de plus en plus de Marocains rejoignent l’État islamique (ISIS), cette organisation qui menace l’Afrique, l’admission du Maroc pourrait aggraver la guerre contre le terroriste de Boko Haram, dans la mesure où les terroristes marocains peuvent profiter du Protocole de libre circulation dans la CEDEAO et passer inaperçus dans la sous-région.

L’ambassadeur à la retraite, Dahiru Suleiman, a informé le forum que, à la fin de l’OUA, le Maroc, en 1987, a demandé à rejoindre l’UE, mais sa demande lui été littéralement jetée à la figure. Suleiman, qui était l’ambassadeur nigérian au Soudan, a déclaré que le Maroc  est un  adepte de la « diplomatie du chéquier » et que ceux qui font la promotion de sa candidature à la CEDEAO le faisaient à des fins personnels. « J’ai été au Maroc plusieurs fois, a-t-il ajouté,  et je peux dire que ce pays est le cimetière de la paix ».

Hajia Hauwa Mustapha du Congrès du travail du Nigéria (NLC) se demandait si, le cas échéant les citoyens de la CEDEAO ne devaient pas contester l’adhésion éventuelle du Maroc devant les tribunaux et si le Sahara occidental ne devrait pas être admis si la CEDEAO admettait le Maroc.

Le professeur Nuhu Yaqub, ancien vice-chancelier des universités d’Abuja et de l’État de Sokoto, a soutenu que le Maroc est un cheval de Troie ( sous-entendu de la France) et que la question de son admission devrait faire l’objet d’un référendum.

Alors que l’ambassadeur à la retraite, Zango Abdu, a déclaré que si la CEDEAO devait suivre des procédures clairement définies, la demande du Maroc est « morte née », le Dr Remi Aiyede de l’Université d’Ibadan a soutenu que la demande fait partie des efforts du Maroc pour se positionner comme une région gagnante. Ancien ambassadeur nigérian en Libye, M.K. Ibrahim a informé que lorsque le monarque marocain a visité le Nigeria en décembre 2007, avec une délégation de 300 membres, 50 d’entre eux étaient des prêtres islamiques d’une secte particulière, ajoutant que cela était dangereux pour le Nigeria, un pays multi-religieux avec des de multiples sectes islamiques.

Le président de l’Association nigériane de science politique (NPSA), le professeur Shuaib A. Ibrahim a déclaré que l’Union régionale du Maghreb arabe, que le Maroc a fondée, n’admet que les Arabes, alors pourquoi devrait-il devenir un «intrus» désireux de rejoindre la CEDEAO?

Le commissaire de la CEDEAO, Shaibu Lawali, a déclaré que le secrétariat n’avait pas été consulté sur la question du Maroc; qu’il s’agissait d’une décision politique des chefs d’État que la Commission devra mettre en œuvre si elle est adoptée.

Avec la conférence fermement opposée au Maroc, le docteur Habibu Yaya Bappah de la CEDEAO a déclaré que le Maroc n’a pas l’intention de rejoindre la CEDEAO «immédiatement, mais il le fera lentement» et demande si la demande marocaine sera favorablement considérée si elle accordait l’indépendance du Sahara occidental. La réaction était que le Maroc ne serait pas autorisé à adhérer à la CEDEAO sous quelque condition que ce soit.

La conférence a décidé que si par un subterfuge quelconque, le Maroc venait à être admis dans la CEDEAO, il y aura une mobilisation massive des Nigérians pour retirer leur pays de la CEDEAO et expulser l’organisation et son secrétariat du Nigeria.

[1] Owei Lakemfa, Secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Syndicale Africaine (OUSA)

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CEDEAO : Le Maroc, le Nigeria et le Musulman Buhari

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