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Nigeria : Amnesty International Attire l’Attention des Pouvoirs Publics sur le Sort des Populations de Tɔdogbamey

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Les populations nigérianes riveraines du Bénin et de la Lagune de Lagos sont régulièrement victimes d’exactions basées sur la convoitise de leurs terres. Les incidents de la semaine dernière, qui ont fait beaucoup de victimes et de destructions matérielles, malgré leur violence et leur terrible bilan  humain, n’ont rien d’inédit dans le calvaire de ces populations. Ils en disent long au contraire sur le mélange de complicité d’État et de cupidité qui caractérise la déréliction de nos frères Guns et Tɔfinu de l’autre côté de la frontière.

Amnesty International a exhorté les autorités de l’Etat de Lagos à fournir des logements de substitution à plus de 30 000 habitants de la communauté  Goun de la zone marécageuse de Tɔdogbamey à Lekki, dont les maisons ont été démolies en violation d’une ordonnance du tribunal.
Isa Sanusi, le chargé de communication de Amnesty International, dans un communiqué rendu public a déclaré que même si on ignore qui a allumé le feu le matin du mercredi 9 novembre, des témoins ont dit que les policiers présents sur les lieux n’avaient pas tenté d’arrêter l’incendie.
« Au lieu de cela, ils ont été chassés par les policiers quand ils essayaient d’éteindre le feu. Après que l’incendie a cessé dans l’après-midi, la police et une équipe de démolition sont retournés la nuit sur les lieux avec un bulldozer. Des témoins oculaires disent que la police a alors relancé le feu, expulsant par la force des milliers de personnes de chez eux. À aucun moment, les pompiers n’ont été vus.
« Des milliers de résidents de Tɔdogbamey ont regardé avec horreur leurs maisons et leurs bien consumés par le feu, plongeant leur avenir dans l’incertitude. Ce qui est particulièrement choquant, c’est que lundi, les Goun et autres Tɔfinu habitant la zone ont reçu une injonction empêchant l’Etat de Lagos de procéder à la démolition prévue des colonies informelles le long des frontières de l’État – les autorités impliquées dans cette destruction sont en violation flagrante de la loi » a indiqué le porte-parole d’Amnesty International au Nigeria, Morayo Adebayo.
« Nous exhortons donc les autorités de l’Etat de Lagos à créer immédiatement une commission d’enquête pour enquêter sur l’incident choquant intervenu à Tɔdogbamey et à fournir un logement adéquat et une indemnisation à tous ceux qui ont perdu leurs maisons ».
Des témoins oculaires ont rapporté que les événements ont commencé le lundi 7 novembre avec une bagarre entre les jeunes de Tɔdogbamey et d’une communauté yoruba voisine. La bagarre a pris de l’ampleur mercredi matin et a provoqué un incendie. La police a déclaré qu’elle était intervenue à ce moment-là pour «rétablir le calme».
Une jeune femme de 22 ans a dit que mercredi matin, elle avait vu des jeunes incendier les maisons et que la police les avait empêchés d’intervenir ou de récupérer leurs biens. Selon elle «Nous avons essayé de faire nos bagages, mais la police [nous a arrêtés].Ils ont menacé de nous tirer dessus … nous sommes tous partis les mains vides. »
« L’après-midi du 9 novembre, environ un tiers de la communauté était déjà détruite par l’incendie. Un témoin a déclaré à Amnesty International que l’incendie s’est arrêté vers 13 h 30, bien qu’il y eût encore de la fumée dans la communauté. Plus tard dans la nuit, vers 23h30, la police est retournée avec un bulldozer et a commencé à démolir les maisons restantes.
« Des témoins oculaires ont déclaré à Amnesty International qu’ils avaient également incendié des maisons dans le cadre de cette expulsion forcée, qui s’est poursuivie en fin d’après-midi, le 10 novembre. Un témoin a déclaré à Amnesty International qu’après le démantèlement de leurs maisons par le bulldozer, la police avait incendié les décombres. D’autres témoins ont également dit que la police faisait feu sur des maisons qui étaient encore debout.
« Un habitant de 39 ans de Tɔdogbamey, a décrit à Amnesty International le chaos qui a suivi quand la destruction a repris inopinément du jour au lendemain mercredi: » La police tirait en l’air,  tout le monde courait pour sauvegarder sa vie … Ils n’ont permis à personne de sauver ses biens, tout a été brûlé. »
Le même témoin a également rapporté qu’il a vu des gens tomber dans l’eau dans la panique, y compris de jeunes enfants, apparemment incapables de nager. D’autres résidents ont également déclaré à Amnesty International que plusieurs personnes se sont noyées, bien que l’organisation ne puisse pas le vérifier.
« Amnesty International a confirmé avec le porte parole de l’Agence de Contrôle des Constructions de l’État de Lagos (LASBCA) que l’agence faisait partie de l’équipe de démolition envoyée à Tɔdogbamey.
« Une déclaration de la police faite le 10 Novembre a également confirmé que le ministère de la planification physique et du développement urbain serait donneur d’ordre de la démolition des baraquements restants et à nettoyer les décombres causés par l’incendie ».

L’accaparement des terres des populations riveraines du Bénin et de la lagune de Lagos n’est pas une pratique nouvelle. La spéculation foncière fait rage dans l’État de Lagos qui est le plus peuplé et le plus à l’étroit du Nigeria. Pour cela l’État explore sans retenue tous les voies et moyens de récupération de terres. Y compris la spoliation des communautés vulnérables, notamment celles qui, comme les Goun, sont minoritaires et à tort ou à raison référées à une appartenance étrangère.  Depuis plusieurs décennies, le mode de spoliation est toujours le même : l’État refuse de respecter les décisions de justice protégeant les communautés sur leur terre, et soit à travers la police qui s’en prend directement aux populations accusées d’être des squatteurs d’origine béninoise, les en expulse, ou soit par la supercherie de l’appât de gain, utilise les rivalités interethniques avec les communautés voisines yoruba pour créer le désordre, instaurer la violence et jouer ensuite à l’intervention, qui finit toujours par une injuste spoliation des populations, sur fond de violation des Droits élémentaires de l’Homme.

Cette responsabilité active de l’Etat dans l’oppression foncière des populations Goun et Tɔfinu de Lagos rend raison du silence ou de la dénégation médiatique de leur supplice.

Ainsi alors que la police ou les pouvoirs publics euphémisent ou dédramatisent les incidents lorsqu’ils se produisent, les témoignages des dernières violences de Tɔdogbamey font état d’un bilan humain et matériel grave.

Comme le rapporte le Journal en ligne NigerianNation,  “The Ethnic clash between the Yorubas and Egun in Ajah, Lagos State, yesterday led to the drowning of ten children while many others were injured.” En clair 10 enfants seraient morts noyés, sans compter de nombreux blessés !

Les confrontations ont éclaté lundi après l’invasion présumées de quelques pêcheurs par des jeunes qui ont demandé de leur laisser leur terre pour qu’ils en tirent de l’argent. La spéculation et les convoitises foncières sont monnaie courante dans ces zones lagunaires
Selon les informations, un monarque yoruba aurait envoyé quelques jeunes dans la région le week-end dernier pour chasser les pêcheurs et récupérer la terre. Les pêcheurs auraient résisté.
Selon un nommé Jonathan Zossou résident de la communauté Goun, les enfants fuyaient quand ils se sont  noyés à l’intérieur de la lagune de Todogbamey. Leurs corps a-t-il dit, ne seraient pas encore repêchés.
Selon le sieur Zossou, « Ce problème a commencé depuis le week-end dernier, mais les choses ont vraiment mal tourné le dimanche quand la police est venue ici et a arrêté notre monarque, Baale Dansou Hounkpè. Comment peut-on dire que nous ne sommes pas des nigérians? D’où sommes-nous? »

Eh oui, l’argument massue utilisé contre les populations spoliées de ces zones frontalières ou lagunaires a  toujours été l’accusation d’être des Béninois. En raison du rapport de force avec leurs voisins yoruba, ces populations goun et tɔfinu du Nigeria sont systématiquement mais non moins perfidement référées à une hypothétique origine béninoise, qui en  réalité n’est qu’un prétexte fallacieux pour les déposséder de leurs terres tant convoitées.

L’oppression de nos frères Goun et Tɔfinu du Nigeria, de l’autre côté de la frontière commune n’est pas choses nouvelles. En raison de la différence de langues officielles entre nos deux États, ce sujet comme bien d’autres ne sont pas traités par nos médias. Et pourtant c’est une triste réalité. Et les populations, abandonnées de tout côtés sont à la merci des spoliateurs.  La situation de l’oppression des Gouns et Tɔfinu du Nigeria, dans le silence général est d’autant plus révoltant qu’au Bénin ceux qu’on peut considérer comme leur différence culturelle symétrique, les Yoruba, ont pignon sur rue, occupent pour nombre d’entre eux une place de choix dans la vie économique nationale, marquée par leur dynamisme, leur prospérité et leur cosmopolitisme.

Ce drame n’est plus seulement une affaire nigériane, surtout si on tient compte du prétexte qui est opposé aux victimes de ces exactions, à savoir leur hypothétique nationalité béninoise. Si la section nigériane de Amnesty International s’intéresse au drame des populations de Tɔdogbamey, il est donc souhaitable que sa consœur du Bénin fasse de même, et que des populations accusées à tort d’être d’origine béninoise ne soient pas abandonnées à leur sort par les pouvoirs publics, de part et d’autre de la frontière commune à ces deux pays frères.

Agɔsu Badaru

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