Conte de Kétou : Ayokè, la Vertueuse

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Ayokè était une belle et vertueuse femme d’Ilè Ifè. Son mari était un noble nommé  Adenifuja. Le couple possédait un seul enfant, un garçon du nom de Korede.
Ilè Ifé faisait à cette époque l’objet de raids féroces par une tribu nommée Guidigbo. Sur les champs de bataille, les Guidigbo avaient une apparence si étrange que les Ara Ifé ne croyaient pas qu’ils étaient des hommes mais les tenaient pour des esprits incarnés envoyés par les dieux en punition de quelque péché qu’ils auraient commis. Le roi offrit des sacrifices aux dieux, mais en vain, les raids de ces êtres étranges continuaient, et le pays Ifé était jeté dans un état de panique permanent.
Cet état de chose inquiétait les Ara Ifé et l’héroïque Ayokè n’était pas en reste. Son désir était de mettre fin aux tourments qui hantaient le pays et affligeaient ses habitants. Pendant des mois et des mois Ayokè se demandait ce qu’elle pouvait faire pour mettre le pays Ifé à l’abri de la terreur des Guidigbo, qui devenait de plus en plus intenable au fur et à mesure de  leurs raids féroces.

Une nuit, Ayokè fit un rêve, dans lequel elle avait été capturée par les Guidigbo, qui l’emmenèrent dans leur pays. Là-bas, elle fut mise à l’épreuve, et après avoir découvert le secret des Guidigbo, elle voulut s’échapper, mais le réveil la surprit. Au réveil, Ayokè conçut l’idée de se laisser capturer pour de vrai par les Guidigbo, dans le seul but de percer le secret de leur puissance terrifiante. Dans le feu de sa décision courageuse, Ayokè ne se souciait pas  de son propre sort ; elle ne savait pas comment les Guidigbo la traiteraient, ni si elle pourrait jamais revenir au pays, comme elle l’espérait.

N’écoutant que son cœur, Ayokè fit ses adieux à Adenifuja et à son fils Korede. À la tombée de la nuit, elle s’en fut vers la rivière Osun. Face à la rivière, Ayokè s’agenouilla sous un arbre au clair de lune. et fit des invocations. Dans sa prière, elle promit à la déesse Osun que si sa tentative réussissait, elle lui offrirait le plus grand sacrifice dont elle était capable.
Après sa demande, Ayokè prit le chemin du pays des Guidigbo, situé au-delà de la forêt. Comme elle l’avait prévu, elle ne tarda pas à être capturée par des guerriers Guidigbo, qui l’emportèrent dans leur capitale. En raison de sa beauté, Ayokè fut donnée au roi des Guidigbo comme esclave. Mais son intelligence et son noble coeur lui valurent le respect de ses geôliers, et la hissèrent à une position sociale des plus respectées

Ayokè profita de sa position pour réaliser son rêve.  En très peu de temps de séjour en pays Guidigbo, elle ne tarda pas à percer au jour le secret de ses ennemis. Ses découvertes l’édifièrent. Ayokè sut que les Guidigbo n’étaient pas des dieux, mais des hommes comme tout le monde. Leurs techniques et leur tactiques militaires secrètes étaient ce qui faisaient illusion. Au nombre de ces secrets figurait la tenue de leurs guerriers. Pour aller sur le champ de bataille, les guerriers Guidigbo portaient des manteaux étranges faits d’herbes et de rafia. Et Ayokè comprit que la force des Guidigbo résidait dans cette vêture étrange que leurs ennemis tenaient pour leur apparence naturelle. À cause de ces manteaux d’herbes sèches, les Guidigbo avaient peur du feu. Si leurs ennemis se précipitaient sur eux avec des torches allumées, se dit Ayokè, nul doute que ces faux esprits seraient réduits en cendre.

Avec cette idée, Ayokè jugea qu’elle avait le secret de la puissance des Guidigbo, et décida de s’en retourner dans son pays. Et, dès qu’elle le put, trompant la vigilance de ses hôtes, elle s’échappa du palais ainsi que du territoire des Guidigbo et s’enfuit vers le pays Ifé. Sa fuite à travers monts et forêts fut mouvementée et jalonnée de périls divers, mais l’héroïque Ayokè les surmonta tous et parvint saine et sauve au pays natal.

La nouvelle de son arrivée à Ilè Ifé ne tarda pas à être connue. Ayokè fut invitée au palais devant le conseil de guerre en présence du roi, des ministres, dont notamment Balogoun. Devant le conseil, Ayokè raconta sa mission en pays Gudigbo. Elle parla du secret des Guidigbo, et de leur point faible : la peur du feu. Le roi la félicita et la nomma Iyalodé. Peu de temps après les Guidigbos tentèrent un raid sur Ilè Ifé, et furent mis en déroute. L’armée d’Ifé, avait appliqué le conseil de Ayokè. Très heureux, et en reconnaissance de son héroïque mission qui rendit possible la victoire sur les Guidigbo, le roi fit don à Ayokè de bétail, de volaille ainsi que de l’or et des anneaux de cauris en grande quantité. Et tout le royaume fêta la victoire du pays Ifé sur les Guidigbo

Après la fête de la victoire, Ayokè qui n’avait pas oublié sa promesse à la déesse Osun choisit une nuit de pleine lune, où elle alla sacrifier à la rivière 41 moutons, 41 bœufs, et 41 un coqs blancs. Mais malgré ce sacrifice grandiose, la déesse Osun n’était pas satisfaite ; et aussi stupéfiant que cela parût, elle exigea que Ayokè lui sacrifiât son fils Korede.
Affligée par cette demande d’Osun, Ayokè pleura toute la nuit au bord de la rivière et la rivière sortit de son lit parce Ayokè avait pleuré toutes les larmes de son corps. Mais Osun resta inflexible et Ayokè, le coeur meurtri, dut sacrifier son fils Korede.

Ayokè ne fut pas la seule à pleurer le sacrifice de Korede. Tout le pays Ifé pleura le sacrifice de Korede. Et en compensation du geste de Ayokè, tout le peuple d’Ifé promit d’être pour toujours son enfant. Mais la nuit de son sacrifice, alors qu’il gisait sur le sol au bord de la rivière, Korede n’était mort qu’à moitié. Et quand les gens tournèrent le dos, Korede reprit conscience et se releva.. A l’aide d’une corde de liane, Korede monta au ciel en attendant de revenir un jour récolter les fruits du noble sacrifice de sa mère.

Binason Avèkes,  Conte de Kétou

 

republié 2017

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